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Acide folique (vitamine B9) et autres nutriments pendant la grossesse

Perspectives sur la supplémentation pendant la grossesse

 

L'acide folique (vitamine B9) protège contre les anomalies du tube neural
Résultats de la politique de prévention britannique et politique américaine
Retards et incurie française
Quel dosage ?
Optimiser les dosages et utiliser les cofacteurs vitaminiques et minéraux de la B9
Il est possible et souhaitable de faire des apports directs en vitamine B9 coenzymée
Une formulation exemplaire pour la B9 et ses cofacteurs vitaminiques et minéraux, Prenate Elite aux USA
Dangers des médicaments inhibiteurs de la vitamine B9
Bénéfices après la naissance (cancers et retards sévères dans l'acquisition du langage)
Autisme et troubles associés: effet de la B9 à haute dose avec cofacteurs vitaminiques et minéraux

Le rôle d'autres nutriments et compléments nutritionnels pendant la grossesse et la relation avec différents cycles métaboliques
La vitamine B9 et l'élévation du niveau d'homocystéine
Un déficit en acides aminés soufrés dans les ATN ?
La choline
La vitamine E naturelle
Le fer
L'iode
Les acides gras oméga-3 des huiles de poisson (DHA et EPA)
La vitamine C
Vitamine D et pré-éclampsie (extrait de notre Journal de bord du 19/09/07)
Vitamine D et allaitement
Conclusion
Sujets liés

L'acide folique (vitamine B9) protège contre les anomalies du tube neural

Il est désormais établi depuis plusieurs années que l'apport en acide folique (vitamine B9) pris avant et au début de la grossesse permet de diminuer fortement l'incidence des anomalies du tube neural (ATN) chez le fœtus (de 50 à 100% en fonction du dosage et de la population traitée), comme le spina bifida, du à une fermeture incomplète du tube neural, une terrible malformation qui en France toucherait 1,1 ‰ des naissances (1,1 pour mille naissance) avec une récurrence de 2 à 5% pour la grossesse suivante en cas de 1er ATN.

Le fœtus se comporte, selon l'expression de Jean-Marie Bourre, en véritable "pompe à folates", alors que l'organisme ne possède des stocks de folates que pour une cinquantaine de jours. Une carence s'installe donc très facilement, en particulier lors de la grossesse.

Selon une enquête américaine récente citée par le Dr Geneviève Potier de Courcy il ressort "qu'en dessous de 240 µg/jour d'apport en folates, les risques de retard de croissance du foetus sont multipliés par deux. Deux autres études sur la France (Paris - Lille) soulignaient que 25 à 66 % des femmes enceintes reçoivent moins de 250 µg de folique, ce qui est insuffisant. [mes soulignés, remarque : µg = mcg = micro-gramme]. Ces chiffres sont à comparer au 400µg/j recommandés en période de grossesse (et dont nous verrons qu'ils ne constituent pas forcément un optimum d'apport) pour se faire une idée de l'étendue du problème, à savoir que probablement plus des 3/4 des femmes enceintes sont en dessous des apports recommandés.

Politique de prévention en Angleterre et résultats de la politique de prévention américaine

Sur la base de ces données scientifiques et des résultats impressionnants des études épidémiologiques et de traitement, les autorités sanitaires britanniques ont mis en place un programme de complémentation des femmes en âge de procréer accompagné d'une grande campagne d'information lancée en 1996. On ne peut que féliciter les britanniques pour ces mesures courageuses. Chez nous, la presse médicale spécialisée continuait, jusqu’à une date récente, à faire l'apologie d'une hypothétique alimentation équilibrée, alors qu'il est difficile de modifier les habitudes alimentaires (et qu'on ne fait de toute façon quasiment rien pour encourager celle-ci!) et que la très grande majorité des femmes ont des apports inférieurs aux 400 µg/j recommandés en acide folique avant et pendant la grossesse. Les déficits concernent aussi le fer, le calcium et la vitamine D. Une large campagne d'information serait pourtant d'autant plus nécessaire que les femmes consultent rarement leur médecin avant la 4e semaine de grossesse. Or la complémentation en folates doit commencer au moins un mois avant le début de la grossesse pour être vraiment efficace, puisque pour ce qui concerne le cas de la fermeture normale du tube neural, celle-ci intervient dès la fin du premier mois de la grossesse.

Aux USA, en Caroline du Sud (cf. LaNutrition) où les taux de malformations étaient très élevés (19 cas pour 10.000 naissances), le double de la moyenne nationale, une campagne de longue haleine (télévisée, radiophonique et par affichage) commencée en 1992 et visant une complémentation par 400mcg d'acide folique / jour a donné des résultats remarquables avec des taux de malformation chutant de moitié. Par ailleurs les américains pratiquent au niveau national depuis 1998 (cf. LaNutrition) la complémentation systématique en acide folique de certains aliments, toujours pour la prévention des malformations fœtales. Dans ce domaine également la politique américaine a donné d’excellents résultats. Les américains ont suivi un marqueur du risque d'anomalie fœtale, le taux d’alpha-foetoprotéine qui s'élève avec le risque de malformation. Or, le nombre de femmes ayant des taux d’alpha-foetoprotéine 3 fois supérieurs à la normale a baissé de 42%, grâce à la complémentation, résultat extrêmement encourageant. D'autre part, depuis la mise en place de la complémentation, le taux de folate sanguin des personnes complémentées s'est nettement amélioré et le taux d'homocystéine (dont un niveau élevé est un facteur de risque pour le vieillissement neurologique et vasculaire), dont le métabolisme est lié à la B9, a diminué (2) .

Retards et incurie française

Tout ceci est à comparer avec la situation proprement catastrophique qui prévaut en France.

Parmi les publications de L'institut de veille sanitaire, une étude du bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) sur la " Prévention primaire des anomalies de fermeture du tube neural par supplémentation périconceptionnelle en acide folique " révèle l'étendue de l'effort qui conviendrait d'accomplir. En 1995, lors d'un sondage sur des femmes en maternité, "(0,4%) avaient pris un médicament contenant de l'acide folique durant le mois précédant et le premier mois de grossesse, 9 autres femmes (1,2%) avaient pris ce traitement avant le début de leur grossesse sans toutefois le poursuivre ultérieurement, 56 femmes enfin (7,6%) n'avaient débuté ce traitement qu'après la conception". En 1999, lors d'une nouvelle enquête de même nature, la situation ne s'était quasiment pas améliorée malgré les recommandations, visiblement sans effet de la Société française de Pédiatrie en 1995, puis par le Collège de Gynécologie-Obstétrique en 1997.

Il est particulièrement saisissant de voir que sur les 55% seulement de femmes qui ont déjà entendu parler de l'acide folique, 25% avaient été informées par un médecin, soit 13, 7% des femmes interrogées! C'est très peu, même s'il est vrai que la dénomination fluctuante de la vitamine B9 ou acide folique ou folates... ne facilite pas la mémorisation !

Etonnante démission tout de même des professionnels de santé alors qu'il s'agit d'une population de femmes qui ont été du fait de leur grossesse en contact étroit avec le milieu médical au cours des mois précédents. Quand on connaît par ailleurs la dégradation rapide des habitudes alimentaires des jeunes français, de plus en plus pauvre en fruits et légumes apporteurs d'acide folique, il y a franchement de quoi s'alarmer.

En 2005, l' Association nationale Spina Bifida et Handicaps Associés (ASBH) rappelait dans son magazine "que dans certains pays, la prévention par l’acide folique est connue de plus de 50% des femmes en âge de procréer à la différence de la France (2% de la population)".

Elle rappelait sa lutte restée sans écho pendant plus de 20 ans (!!!) auprès des pouvoirs publics, malgré la diffusion de nombreux documents aux pouvoirs publics et élus, pour obtenir comme à l'étranger des campagnes de santé publique pour encourager la complémentation en folates. L'association indiquait que l'INPES avait finalement lancé une campagne sur les folates, " Les Folates, n'attendez pas d'être enceinte pour les inviter à votre table ! "

Gestion Santé a examiné ce document. Malgré quelques informations utiles, comme "En France, près de la moitié des femmes en âge d'avoir un enfant présentent un déficit en acide folique, le plus souvent sans le savoir" l'accent y est tellement mise sur l'alimentation réputée équilibrée façon PNNS et son programme "mangerbouger.fr" que cela ne peut que nuire à la prise de compléments pendant la grossesse du fait de la confusion et de la contradiction entre les messages portant sur la nutrition et ceux portant sur la complémentation.

Le PNNS français est en pratique une sorte de campagne publicitaire lourdingue et permanente sur le mode de la bonne conscience et de l'autosatisfaction pour les pouvoirs publics et de la cupabilisation pour le public destinataire et qui sert surtout à éviter d'imposer des bonnes pratiques à l'industrie alimentaire et à la restauration, notamment collective, et évite de réfléchir à comment assurer la transmission culturelle efficace des bonnes pratiques alimentaire. On pourra lire notre section d’article sur le PNNS et la situation des femmes enceintes pour mieux cerner la gravité du problème.

Quand au " Livret d’accompagnement destiné aux professionnels de santé ", outre qu'il constitue un réquisitoire contre les compléments alimentaires, il se caractérise lui aussi par une démarche fondée sur l'idéalisation des comportements alimentaires. La prescription d'acide folique ou d'autres nutriments utiles n'y est pas suffisamment encouragée. Là aussi le professionnel de santé est abreuvé d'informations façon PNNS sur la nutrition, alors que rares sont les professionnels de santé qui ont le temps et les moyens d'avoir un impact sur les comportements alimentaires.

Selon de récentes estimations françaises, « en 2010, 53,5 % des femmes qui ont eu un enfant n’ont pas reçu d’acide folique. Pour les 40,3 % de celles qui ont reçu une supplémentation, dans 64 % des situations, la supplémentation a été trop tardive par rapport aux recommandations. Seuls 34,2 % des femmes ont reçu une supplémentation en période anténatale. » Rappelons que les recommandations françaises sont de prendre 400mcg B9 dès lors que la femme a un souhait de grossesse, et au moins 4 semaines avant la conception. Ainsi environ 1/3 des femmes reçoivent la vitamine B9 de façon adéquate pour assurer une protection. Ajoutons que démarrer un mois avant la grossesse avec seulement 400mcg n’est probablement pas suffisant pour les femmes ayant une carence en B9 pour obtenir un optimum d’apport en début de grossesse.

Par ailleurs, les dosages recommandés de 400mg / jour toujours recommandé par les autorités de santé françaises sont inférieurs aux dosages utilisés dans les produits de référence aux USA (1mg de B9) et aux meilleures études réalisées sur la question.

Quel dosage ?

Les recommandations qu'on lit habituellement dans la presse médicale ou dans les conseils officiels sont qu'il faudrait prendre un supplément à 400mcg chez la personne qui n'est pas spécialement à risque et de 4 ou 5mg [1mg = 1000mcg] pour les femmes qui ont eu un enfant atteint du spina bifida lors d'une précédente grossesse (le risque de récurrence est de 2 à 5%).

Le dosage à 5mg se trouve depuis longtemps dans les pharmacies françaises et le dosage à 400mcg a obtenu son autorisation de mise sur le marché en 2002 pour les femmes enceintes (ces deux médicaments sont remboursés à 65%, d'après le Vidal). La vitamine B9 coenzymée, que nous évoquerons plus loin (folinate de calcium) est aussi disponible en pharmacie et remboursable. Toutefois et de façon curieuse ce médicament ne semble pas avoir reçu en France d'agrément pour la femme enceinte. La revue médicale de référence Prescrire a vu dans la sortie du dosage à 400mcg de B9, un médicament majeur qu'il a couronné lors de son dernier classement des médicaments mis sur le marché en 2002.

C'est peu dire que nous ne partageons pas l'enthousiasme de la revue Prescrire (Cf. lien) qui nous semble reposer, comme nous allons le voir, sur une analyse superficielle de la littérature scientifique. D'une part, il apparaît que le dosage de 400mcg est beaucoup trop faible pour les femmes qui ont spontanément un risque élevé de spina bifida mais qui ne le savent pas encore. Cela veut donc dire qu'on les exclue délibérément en quasi totalité des bénéfices attendus de la prévention primaire. D'autre part, les évaluations sur la réduction de risque par cet apport de 400mcg sont de 50% seulement (voir lien), ce qui confirme que beaucoup de femmes ne bénéficient pas de la réduction du risque.

Au contraire, avec 4mg, on obtient une protection majeure chez les femmes ayant le risque le plus élevé, c'est-à-dire celle dont un enfant a déjà été atteint de spina bifida. C'est ainsi qu'en 1991, le Medical Research Council (MRC) a publié les résultats d'une importante étude de 1817 femmes ayant déjà eu un enfant avec malformation. La complémentation diminue de 71% le risque de récidive attendu en l'absence de complémentation [MRC Vitamin Study Research Group, 1991]. A Cuba une plus petite étude sur 101 femmes avec 5 mg d'acide folique a montré une protection de 100% dans le groupe traité pour grossesse à risque (contre 4 enfants atteints dans le groupe de contrôle de 118 femmes) (source).

Ainsi ces dosages élevés protègent totalement les femmes ayant un risque moyen ou faible et très largement (entre 70 et 100%) celles ayant un risque très élevé. Toutefois ces dosages sont trop élevés pour concerner la totalité des femmes. Nous allons voir qu'il existe des arguments solides en faveur d'un dosage de 800mcg et pour l'utilisation de formes de B9 coenzymées plus assimilables que la B9 classique sous forme de folates.

Optimiser les dosages et utiliser les cofacteurs vitaminiques et minéraux de la B9

Une étude me paraît vraiment faire référence en matière de prévention primaire (chez des femmes n'ayant pas eu d'enfants précédemment atteints de malformation). Il s'agit de l'étude menée en Hongrie par le grand spécialiste Czeizel AE (1) , dans le cadre du programme de planning familial, avec un taux d'acide folique de 800mcg avec d'autres vitamines (B6 et B12 notamment) et des minéraux cofacteurs de la vitamine B9. Le résultat absolument remarquable obtenu est une diminution de 100 % des malformations du tube neural chez les 2104 femmes traitées (soit aucun cas dans le groupe traité contre 6 malformations dans le groupe témoin). Le traitement entraine aussi une diminution de près de 50% de toutes les autres malformations congénitales (16,6 ‰ contre 9,0 ‰) et une augmentation de 7% des conceptions. La vitamine B9 permet aussi de faire baisser de moitié le taux de fausses couches. D'autres recherches ont aussi mis en évidence un accroissement de 50 % des grossesses multiples par rapport à la population générale. Les résultats de Czeizel semblent avoir débouché sur la mise en place dans ce pays d'une vaste politique de prévention fondée sur la prise de multivitamines à des dosages conformes à ceux de l'étude pour les femmes en âge de procréer.

Les données de Czeizel ne doivent toutefois pas faire croire que la protection serait aussi de 100% chez des femmes a risque de récidive, ayant déjà eu un enfant malformé, mais les taux de protection sont bien supérieurs à ce que l'on peut attendre d'une complémentation avec seulement 400mcg d'acide folique. Elle plaide aussi en faveur de l'apport des cofacteurs vitaminiques et minéraux à l'acide folique.

J'en conclus, mais cela n'engage que moi, que le nouveau produit de prévention du spina bifida mis sur le marché français est manifestement sous dosé et que le dosage idéal serait de 800mcg au minimum chez les femmes n'ayant pas de facteur de risque. Par ailleurs l'étude de Czeizel et l'ensemble des données disponibles sur le métabolisme de la vitamine B9 plaident incontestablement en faveur de la prise d'un multivitamine comprenant les cofacteurs vitaminiques et minéraux de la vitamine B9 indispensables pour avoir une protection aussi élevée avec ce dosage de 800mcg.

La mise sur le marché d'un médicament insuffisamment dosé peut poser des problèmes de santé publique en détournant significativement prescripteurs et femmes en âge de procréer de produits mieux conçus assurant une protection quasi totale vis à vis du facteur de risque au profit d'un autre produit assurant une protection beaucoup plus limitée (50% maximum).

Ajoutons que les résultats excellents obtenus par Czeizel devraient pouvoir être encore améliorés par l’utilisation de la forme coenzymée de la B9 pour une partie au moins de l’apport en B9.

Il est possible et souhaitable de faire des apports directs en vitamine B9 coenzymée

L'acide folique des compléments subit des transformations très complexes au niveau du foie où il est transformé en méthyltétrahydrofolate (méthylTHF), principale forme retrouvée dans le plasma et distribuée aux tissus. Cette transformation met en jeu, en plusieurs étapes, différentes enzymes, ainsi que des niveaux adéquats de vitamines B2, B3, B6 (dans des formes coenzymées), le zinc, et l'acide aminé sérine. Le rendement de l'enzyme hépatique dihydrofolate reductase (DHFR) pour transformer l'acide folique en tetrahydrofolate est très inférieur à ce que l'on avait estimé précédemment. On s'est aperçu récemment que le rat qui avait servi de référence à un rendement efficace de l'enzyme DHFR énormément supérieur à celle de l'homme où elle n'est que de 2% seulement de ce qui est observé chez rat. Le rendement de l'enzyme humaine outre qu'il est inférieur connaît aussi des variations très importantes entre individus et peut atteindre un facteur 5.

Cette découverte récente a des implications importantes en matière de complémentation. Il est probable que des apports supérieurs à 1mg de folates ne sont pas complètement métabolisés par la plupart des personnes surtout s'ils sont apportés en une seule fois. Elle plaide pour l'apport conjoint des cofacteurs minéraux et vitamiques optimisant le fonctionnement des systèmes enzymatiques assurant la transformation de l'acide folique.

Elle plaide surtout que pour des apports supérieurs à 400mcg / jour de B9, notamment pour les femmes enceintes, ceux-ci soient faits sous forme de folinate de calcium un précurseur direct de la forme coenzymée méthylTHF qui ne nécessite pas de transformation hépatique et qui existe depuis longtemps comme médicament et plus récemment comme complément alimentaire.

Je m'étonne, alors qu'il existe une forme coenzymée de la vitamine B9 disponible sur le marché du médicament, que celle-ci n'ait pas non plus été testée en prévention de la récidive du spina bifida, où l’on prescrit des doses très élevées de B9 (5mg) alors que l'on sait que la coenzymation de la vitamine B9 dans l'organisme est particulièrement complexe et facilement dysfonctionnel et que les femmes à risque de récidive ont un risque accru de dysfonctionnement de la coenzymation de la vitamine B9.

On a évoqué l'existence de plusieurs défauts de coenzymation d'origine génétique, relativement répandus (jusqu'à 15% des femmes pour un seul d'entre eux selon des données sur la population suisse !) qui pourraient contribuer à l'apparition de cas de malformation (encore que l'incidence de ces variations génétiques sur les ATN soit très incertaine).

La présence de cofacteurs minéraux et vitaminiques dans l'étude de Czeizel a probablement permis d'améliorer significativement le processus de coenzymation de la vitamine B9 chez les femmes chez lesquelles il est problématique.

Le meilleur moyen toutefois de s'assurer que la vitamine B9 est correctement coenzymée se serait de fournir directement la vitamine sous forme de méthyltétrahydrofolate (méthylTHF) ! Le folinate de calcium, précurseur direct de la B9 coenzymée est parfaitement assimilée par voie orale, sans perdre ses propriétés.. Les cofacteurs vitaminiques et minéraux sont également importants pour éviter des carences fréquentes et préjudiciables pendant la grossesse et aussi, pour ce qui concerne la vitamine B6 et B12, pour diminuer le taux d'homocystéine et pour d’autres bénéfices.

Une formulation exemplaire pour la B9 et ses cofacteurs vitaminiques et minéraux, Prenate Elite aux USA

Récemment, et allant tout à fait dans le sens de l'argumentaire développé dans cette page, Prenate Elite le principal produit de prescription américain pour les femmes enceintes a reformulé son produit phare pour y introduire 600mcg d'acide folinique (la forme coenzymée de la B9) et 400mcg d'acide folique avec en sus de nombreux cofacteurs (Zinc, magnésium, toutes les vitamines B, vitamine C, D et E...) ! Des dosages considérables de vitamine B9 (1mg) par rapport aux recommandations encore en vigueur en France, que nous venons d'examiner, et qui confirment totalement les analyses que nous proposions sur Gestion Santé dès 2001 dans la page que vous êtes en train de lire et sur celle concernant les multivitamines B ! Je pense que cette évolution dans la formulation de ce médicament est très liée à l'énorme effort pédagogique fourni par tous les sites américains en ligne s'intéressant à la nutrition et aux suppléments nutritionnels qui créent un important réseau de leaders d'opinions capables d'apprécier les innovations dans ce domaine à leur juste valeur.

Un petit bémol cependant, rien n'étant parfait en ce bas monde, la composition du produit montre la présence de fer à 144% des apports journaliers. Il est dommage que le produit ne soit pas décliné sous deux formes, avec et sans fer pout bien prendre en compte la situation individuelle des futures mères qui ne sont pas toutes carencées en fer, et le fer étant un puissant pro-oxydant (lire section plus bas sur le fer). Le produit est par ailleurs trop faiblement dosé en vitamine D et la teneur en vitamine E nous semble un peu faible. Il aurait également fallu inclure les autres isomères utiles de la vitamine E.

Cela souligne en tout cas le gouffre entre les USA et l'Europe en matière de prévention des carences nutritionnelles chez la future mère.

Dangers des médicaments inhibiteurs de la vitamine B9

Puisque les apports en acide folique sont si importants, des chercheurs (3) , ont eu une idée excellente, qui est de se demander si, à l'inverse, des médicaments qui avaient, selon des mécanismes divers, un effet antagoniste sur l'acide folique, entraînaient une augmentation des malformations fœtales. Or, il s'avère que c'est bien le cas et ce dans des proportions considérables (risques doublés et triplés!) et que le risque concerne non seulement les malformations du tube neural, mais aussi l'appareil urinaire, cardiaque, et les becs de lièvre. L'étude démontre au passage que certains antiépileptiques ont aussi un effet tératogène spécifique qui se surajoute à leur action d'inhibition de l'acide folique. Rappelons aussi que la prise de contraceptifs oraux à tendance à faire baisser le taux de vitamine B9 (et de vitamines B6, B12 et C). Une page du site http://www.folicacid.net (en anglais) fait une synthèse pédagogique des substances inhibitrices de l'acide folique, des médicaments pour la plupart.

C'est probablement le rendement assez faible chez l'homme de l'enzyme hépatique dihydrofolate reductase (DHFR) pour transformer l'acide folique en tetrahydrofolate que nous avons évoqué dans la section précédente, qui est à l'origine de ces problèmes. Divers médicaments ou substances chimiques de l'environnement sont donc susceptibles de l'inhiber.

La forme coenzymée de la B9 méthyltétrahydrofolate (méthylTHF) n'est probablement pas inhibée par les médicaments ou les produits chimiques antagonistes de l'acide folique car le méthylTHF est directement actif au niveau cellulaire sans nécessiter de biotransformation hépatique (point qui serait toutefois à confirmer par des études ad hoc), ce qui plaide pour ce que les compléments destinés aux femmes enceintes soient suffisamment dosés et contiennent du folinate de calcium en plus de l'acide folique (c'est déjà le cas aux USA, voir section précédente).

Bénéfices après la naissance (cancers et retards sévères dans l'acquisition du langage)

Les cancers

Des chercheurs canadiens ont estimés que suite à l'enrichissement de différents produits en acide folique, les cas de neuroblastomes, un des cancers les plus agressifs et difficile à soigner de l'enfant avaient fortement diminués. Une recherche de 2003 sur les taux d'incidences comparés aux dates de mise en place de la supplémentation donnait à penser que le modeste accroissement des apports qui en a résulté a suffit à faire diminuer l'occurence de 60%. Toutefois, il ne faut pas se réjouir trop vite et dans une réponse à cette recherche d'autres chercheurs ayant repris les données ont pensé qu'il existait probablement un biais d'analyse résultant d'une sous-estimation des cancers dans la population supplémentée du fait du manque de recul, tous les cancers n'ayant pas eu le temps d'apparaître. Il est vrai qu'un taux de réduction de 60% paraissait énorme par rapport à l'incidence qui reste quand même modeste de l'augmentation de la consommation de vitamine B9 résultant de la complémentation. Toutefois, il faut savoir que l’occurrence des neuroblastomes est très vraisemblablement liée pour partie à des facteurs nutritionnels puisque les femmes qui allaitent ont un risque diminué d'avoir un enfant atteint de ce cancer et que le risque diminue avec la durée de l'allaitement.

Dans le domaine des leucémies lymphoblastiques aiguës, le cancer le plus fréquent chez l'enfant, une étude parue dans le Lancet de 2001 montre que le risque pourrait être minoré des 2/3 pour les enfants des femmes qui se sont supplémentées en acide folique pendant la grossesse. Comme l'écrit avec bon sens Pierre Allain du site Pharmacorama des produits anciens et bien connus peuvent encore être l'occasion de découvertes médicales sensationnelles alors que l'on attend tout des exploits sans cesse reportés de la génétique moléculaire de pointe. A Gestion Santé nous partageons tout à fait ce bon sens, et pour nous la médecine devrait servir à soigner les malades, au meilleur coût possible et le plus simplement et avec le moins d'effets secondaires possibles, et la nutrition et la complémentation nutritionnelle font partie des techniques qui répondent à ces définitions. Malheureusement la médecine semble aujourd'hui surtout destinée à flatter l'égo démesuré de certains médecins et à financer une techno-science médicale totalement déconnectée du malade. Le silence incroyable qui suit l'annonce de résultats similaires à celui de cet article sur les leucémies est à comparer aux annonces dithyrambiques qui suivent les annonces de traitement coûteux et risqués issus de la génétique.

Bien sûr cette petite étude observationnelle sur la leucémie serait à confirmer par d'autres travaux. Mais c'est là tout le problème : les chercheurs ont toutes les peines du monde pour financer des recherches complémentaires à ces résultats très encourageants sur la leucémie et une synthèse de 2004 semble indiquer qu'on en est resté au stade d'une hypothèse intéressante, visiblement faute de financement ! En réalité, tout semble fait pour qu'une telle recherche soit oubliée le plus vite possible. Et ce n'est pas un dysfonctionnement isolé, mais bien un phénomène général qui se produit quasiment chaque fois qu'une découverte concerne un nutriment non brevetable et une intervention médicale ou de santé publique ne nécessitant pas de technicité particulière.

Le gouffre de la Sécu et l'échec complet de la médecine à enrayer la montée inexorable des maladies dégénératives est selon nous la conséquence de cette attitude générale complètement dévoyée du corps médical et des chercheurs vis à vis des problèmes de santé. Ce devrait pourtant être une priorité de la recherche que de confirmer ou d'infirmer ce type de travaux puisqu'ils offrent la possibilité de mettre au point des techniques de prévention d'un coût dérisoire et n'offrant que des avantages en terme de santé publique puisque la prise de nutriments comme l'acide folique a une multitude d'autres avantages pour la santé.

C'est avec beaucoup de prudence compte tenu du peu d'études disponibles, que nous avions commencé à évoquer dans cette page les bénéfices possibles de la supplémentation en vitamine B9 et d'autres vitamines sur le risque cancéreux des enfants des femmes complémentées mais les résultats s'accumulent et il serait désormais irresponsable de ne pas les évoquer. Il s'agit d'un problème d'importance car le cancer est la deuxième cause de décès chez les enfants dans la plupart des pays développés et que l’occurrence est en augmentation constante et semble-t-il inexorable depuis des décennies. Nous nous attendions à voir sortir de nouvelles études sur la question permettant d'y voir plus clair. C'est ce qui s'est produit en 2007 avec un article dans Clinical Pharmacology & Therapeutics ( analyse de docguide.com ), qui fait le point sur les études disponibles (ma traduction) :

"L'étude a examiné les données de sept publications qui rencontraient les critères d'inclusion et nous avons découvert que la supplémentation prénatale avec des multivitamines contenant de l'acide folique est associée avec un effet protecteur de 47% pour les neuroblastomes [ sur les neuroblastomes], 39% pour la leucémie et 27% d'effet protecteur pour les tumeurs cérébrales. Alors que d'autres études ont étudié l'effet des vitamines prénatales sur le taux des tumeurs pédiatriques , ceci est la première revue et méta-analyse de l'utilisation des multivitamines en prénatal avant et durant la grossesse et ses effets protecteurs sur plusieurs cancers pédiatriques."

Une autre page nous en apprend plus sur la prévalence de ces tumeurs "La leucémie, la forme la plus commune de cancer , est responsable de 25 à 35% des nouveaux cas de cancer pédiatriques chaque année. Les tumeurs du cerveau et de la colonne vertébrale, la deuxième cause la plus fréquente de cancer, est responsable de 17% des nouveaux cas de cancers pédiatriques annuels, et le neuroblastome, la tumeur solide la plus répandue qui se trouve en dehors du cerveau chez les enfants de moins de cinq ans, affecte un enfant sur 6000 à 7000 en Amérique du Nord."

Ajoutons qu'il n'est donc pas du tout certain que la vitamine B9 soit le seul responsable de la baisse des cancers pédiatriques. Les autres vitamines et minéraux des suppléments pouvant notamment intervenir comme cofacteur utiles de la vitamine B9. La vitamine B9 a toutefois probablement un effet majeur en renforçant la structure de l'ADN.

Pour en revenir aux farines canadiennes complémentées en vitamine B9 évoquées précédemment, il s'avère en fait que la relation avec le cancer était très probablement pertinente. G. Koren un des chercheurs ayant participé à la méta-analyse sur la supplémentation pendant la grossesse indiquait au Toronta Star que les "oncologistes de Sick Kids [un Hôpital pédiatrique canadien] estimaient que le nombre de neuroblastomes qu'ils découvraient avait commencé à diminuer significativement il y a à peu près cinq ans.
Cette maladie, un cancer dévastateur du système nerveux périphérique, affecte environ un enfant sur 6500 avant l'âge de cinq ans en Amérique du Nord.
"Les médecins cancérologues nous ont demandé dans le cadre du programme Motherisk program [Le programme d'expertise canadien sur la sécurité des traitements médicaux, sur les infections, les produits chimiques, les produits à usage personnel, et les expositions de la vie quotidienne, pendant la grossesse et la période d'allaitement] si nous pouvions envisager un mécanisme à l'origine de cette réduction", nous a expliqué Koren.
"Nous leur avons dit que le seul évènement intervenu qui pouvait correspondre à leur impression a été l'addition (à la demande expresse de Health Canada) d'acide folique à la farine au Canada en 1997 et 1998." "

Voici donc un usage potentiel de ces vitamines qui ne servent à rien et sont même dangereuses pour la santé comme nous l'expliquent si souvent nos médias dominants français !

Ce type de données établissant un lien très fort entre alimentation et cancer est à mettre en rapport, outre les conceptions véhiculées par les médias dominants, avec les conceptions de l’establishment médical français, ainsi de l'Académie de médecine, dont un énorme rapport récent sur " Les causes du cancer en France " minimise, selon Le Nouvel Observateur les risques environnementaux : "Non seulement l'étude n'apporte aucune information nouvelle, mais elle minimise ou écarte complètement les observations récentes sur les risques environnementaux. Affirmant que ces risques ne sont pas démontrés scientifiquement, les académiciens ne prennent même pas en compte certains travaux des experts et des organismes qu'ils ont consultés, notamment le Centre international de Recherche sur le Cancer (Cire). Ce dernier a publié dans la période récente plusieurs communications qui soulignent l'importance de l'alimentation et attribuent aux facteurs nutritifs jusqu'à 30% des cancers. Et, selon une étude de Richard Doll et Julian Peto, épidémiologues britanniques de réputation mondiale, la nutrition serait à l'origine de 25% des morts par cancer. Le Cire a aussi annoncé, en juin 2005, que les faibles doses de radiations ionisantes provoquaient une légère augmentation du risque de cancer. L'Académie de Médecine balaie ces recherches d'un revers de main."

Au vu de la sous estimation en France du rôle de l'alimentation stricto sensu dans le cancer on imagine le dédain avec lequel peut être traité la supplémentation !

Les retards sévères dans l'acquisition du langage

Il s'agit d'un nouvel effet possible de la vitamine B9 en complémentation prise avant et pendant la grossesse (de - 4 semaines à + 8 semaines) d'après les résultats d'une grosse étude de suivi norvégienne (19956 garçons et 18998 filles). Les troubles en question sont des retards marqués dans l'apprentissage du langage à 3 ans tels que rapportés par un questionnaire auprés des mères et évalués également par un test de compétence linguistique.

Selon sciencedaily.com (traduction Gestion Santé) "Parmi les femmes qui ont pris des compléments d'acide folique au début de leur grossesse, la prévalence rapportée de tels retards [d'apprentissage] étaient de0.4%, mais parmi les près de 9000 enfants dont les mères n'ont pas pris d'acide folique, les délais étaient plus de deux fois plus importants : 0.9% (81 enfants).
Sur l'ensemble de l'échantillon, les délais sévères dans l'acquisition du langage étaient quatre fois plus fréquents chez les garçons que chez les filles, ce qui constitue l'écart de fréquence habituellement constaté." Une étude complémentaire va être menée à 5 ans. Par contre, aucun effet de la complémentation en B9 n'a été constatée sur la sphère des compétences motrices.

Autisme et troubles associés : effet de la B9 à haute dose avec cofacteurs vitaminiques et minéraux

Une recherche menée au UC Davis MIND Institute de Sacramento (lire communiqué) a publié en 2011 les résultats de l'étude " Prenatal vitamins, functional one-carbon metabolism gene variants, and risk for autism in the CHARGE Study ".

Les résultats indiquent, selon le résumé de l'étude, que (traduction Gestion Santé) "Les mères d'enfants autistes avaient eu moins souvent recours à des vitamines prénatales pendant les 3 mois précédents la grossesse ou le premier mois de grossesse que les mères d'enfants n'ayant pas de troubles (38% de moins)."

Pour les mères ayant une prédisposition génétique à l'autisme connue, le risque pour celles qui ne prenaient pas de vitamines prénatales était beaucoup plus important par rapport aux mères prenant des vitamines et n'ayant pas de facteurs de risque connu.

Les mères utilisant des multivitamines courant n'avaient pas de bénéfice par rapport à l'autisme, seuls les multivitamines spécialement conçus et dosés pour une utilisation périnatale l'étaient. Les vitamines prénatales sont dosées  aux USA  à un minimum de 800mcg de B9 ce qui est beaucoup plus que la la plupart des multivitamines courants et ils contiennent aussi de la B6 et de la B12 et du fer. En France, la consommation est limitée à 400mcg sans les cofacteurs qui sont déconseillés (cf. section "Retards et Retards et incurie française ").

Selon le site français santélog, "Les auteurs ajoutent que l'acide folique, la forme synthétique du folate ou vitamine B9, et les autres vitamines B dans les suppléments prénataux sont susceptibles de protéger contre les déficits dans le développement précoce du cerveau du fœtus. «Ce constat semble être le premier exemple d'interaction gène-environnement dans l'autisme», déclare Irva Hertz-Picciotto, professeur et chef de la division de la santé environnementale et professionnelle à l'École de médecine de l'UC."Les troubles du spectre autistique sont le résultat de multiples facteurs et il est extrêmement rare de trouver un patient qui ne présente qu’une seule cause de ce syndrome comportemental. Néanmoins, les recherches génétiques antérieures ont généralement ignoré la possibilité que les gènes pouvaient agir de concert avec les expositions environnementales”"

Ces travaux préliminaires ont reçu une spectaculaire confirmation d'une étude norvégienne publiée en 2013, Association Between Maternal Use of Folic Acid Supplements and Risk of Autism Spectrum Disorders in Children qui montre qu'un apport en acide folique, 4 semaines avant la conception puis pendant les 8 premières semaines de grossesse, période ou la complémentation est efficace, diminue le risque d'autisme de 40 %. Dans une population de 85.000 enfants, suivis depuis leur naissance, la relation entre la complémentation et l'incidence des syndromes autistiques a été évaluée. Selon le résumé du Figaro, "La proportion d'autisme était de 0,21 % dans le groupe des mères n'ayant pas pris d'acide folique, et seulement de 0,10 % dans le groupe des femmes ayant eu recours à une supplémentation dès la 4e semaine avant la conception." Les doses conseillées sont comme en France de 400mcg. Les spécialistes considèrent que l'étude est particulièrement bien conçue et démonstrative.

En Norvège, la prise de vitamine B9 était très suivie (l'étude s'étale de 2002 à 2008) car 32,9% des femmes sont complémentées 4 semaines avant la conception, 50% à la conception et près de 70% à 4 semaines... contre 25% des futures mamans françaises en moyenne sur l'ensemble de la période... Comme quoi il est difficile de faire passer les compléments alimentaires pour de la poudre de perlimpinpin, inutiles voire dangereux pour la santé, comme nous le matraquent les médias et les pouvoirs publics à longueur d'année et en même temps d'expliquer aux femmes que la prise de B9 est indispensable dès qu'elles sont en projet de conception...

Le rôle d'autres nutriments et compléments nutritionnels pendant la grossesse et la relation avec différents cycles métaboliques

Nous allons examiner quelques nutriments et vitamines et les cycles métaboliques associés sans viser aucunement à l'exhaustivité, mais à titre illustratif.

La vitamine B9 et l'élévation du niveau d'homocystéine

Le déficit en acide folique peut être aussi envisagé par rapport au taux d'homocystéine sanguin (voir la page homocystéine de Gestion Santé).

L'apport en en acide folique est un des éléments clés, mais pas le seul, permettant de diminuer le taux d'homocystéine. Il est possible que l'insuffisance en folates et d'autres vitamines et minéraux soit à l'origine d'un taux d'homocystéine excessif, lui-même à l'origine d'effets tératogènes.

Comme nous l'avons déjà expliqué, la complémentation en vitamine B9 n'est qu'une première approche indispensable de la complémentation. L'assimilation correcte de la vitamine B9 nécessite l'apport d'autres vitamines du groupe B (B6 et B12 en particulier, mais pas exclusivement) et des cofacteurs minéraux (comme le magnésium et le zinc) des systèmes enzymatiques activés par les vitamines. Une partie importante de la population occidentale est déficiente en vitamine B6 et B12 ainsi qu'en magnésium et en zinc.

Compte tenu du pourcentage très élevé de femmes transformant mal les folates alimentaires, on peut supposer qu'une bonne partie des femmes à risque spontané élevé de spina bifida ou de malformation liée à la vitamine B9 pourraient être détectées assez facilement via le taux de vitamine B9 sanguin (le test mesure la quantité contenue dans les globules rouges), et via le taux d'homocystéine.

Si c'était le cas, on pourrait proposer le test lors des examens prénuptiaux ou en routine lors des examens de suivi gynécologiques afin d'initier une complémentation. Cette idée de bon sens semble n'avoir jamais traversé l'esprit d'aucun responsable de la santé publique de notre pays... Toutefois, je me suis aperçu depuis, que certains chercheurs défendaient cette idée de bon sens et proposaient de fixer des dosages de sécurité maximum pour l'homocystéine et minimum pour le taux de folate lors des examens des femmes en projet de procréation.

Un déficit en acides aminés soufrés dans les ATN ?

Différentes recherches ont également été menées sur l'intérêt de la choline (voir section suivante), de la bétaine et de la méthionine dans la prévention des ATN, nutriments qui sont impliqués dans le métabolisme hépatique des acides aminés soufrés. Rappelons que la méthionine est un des huit acides aminés essentiels. Il est doté d'un atome de soufre servant de base à la synthèse d'une multitude de protéines riches en soufre. La choline et la bétaine quand à elles assurent une protection hépathique de l'organisme et protègent d'un taux d'homocystéine trop élevé selon un mécanisme différent de celui de la B9, B12 et B6. Il semble donc y avoir dans les ATN un apport insuffisant en acides aminés soufrés et pas seulement un manque en vitamine B9, B12 ou B6 (qui participent à une métabolisation favorable des acides aminés soufrés alimentaires). D'après les recherches sur internet que j'ai effectuées, cette théorie relativement nouvelle semble être une nouvelle piste de réflexion et de recherche importante qui se développe dans le domaine des ATN, mais ces recherches sont encore peu connues, même dans les milieux médicaux.

Rappelons que les acides aminés essentiels doivent être apportés en quantité suffisante en proportion les uns des autres et que les personnes ayant une alimentation végétarienne sont plus facilement carencées en acides aminés soufrés. Les acides aminés soufrés sont aussi détoxiquant et le corps en excrètent des quantités significatives pendant les maladies infectieuses, en particulier virales et aussi lorsqu'il doit éliminer des produits toxiques lesquels sont de plus en plus présents dans l'environnement. Il est donc indispensable de veiller notamment à un apport suffisant en acides aminés soufrés.

D'un point de vue alimentaire, rappelons que l' oeuf (le jaune) contient beaucoup d'acides aminés soufrés et nombre de nutriments favorables à la grossesse (dont la choline précédemment citée). Le meilleur mode d'apport est l’œuf au plat ou à la coque. Il faut que le blanc soit cuit (car il contient un inhibiteur de la vitamine B8 biotine) en évitant de le caraméliser, et le jaune doit rester aussi peu cuit que possible afin de préserver la structure des molécules complexes et fragiles, sensibles à la chaleur, qu'il contient. Il vaut mieux éviter le mélange jaune / blanc dans des omelettes car outre que cela cuit le jaune, il y a oxydation des molécules du jaune comme le cholestérol par le fer contenu dans le blanc. Le cholestérol est très utile à la femme enceinte lorsqu'il est apporté par les molécules intactes du jaune d’œuf. Il participe à la construction du tissu nerveux de fœtus.

La choline

On a découvert (7) que "lorsque des rates était supplémentées en choline (4 à 7 fois le montant habituel de leur ration alimentaire) lors de la deuxième moitié de la gestation, leur descendance faisait preuve, tout au long de leur vie, de capacités accrues d'apprentissage, d'attention et de mémoire. De plus, la descendance des rates supplémentées ne montrait pas le déclin des capacités de mémorisation liées à l'âge manifestes dans le groupe de contrôle. La supplémentation en choline au cours du développement foetal permet apparemment de construire un système nerveux plus efficace et donne une santé exceptionnelle au système nerveux tout au long de la vie de l'animal." Précisons que la choline est un alcool aminé qui peut être synthétisé par le foie (synthèse complexe à partir de l'acide aminé glycine) mais qui mérite de faire l'objet d'un apport nutritionnel ou par complémentation pour améliorer sa disponibilité cellulaire. La choline permet la fabrication de la phosphatidylcholine un composant essentiel phospholipidique des membranes cellulaires et à la fabrication de l'acetylcholine, un neurotransmetteur. Il régule également l'assimilation des graisses au niveau hépatique. On imagine évidemment les conséquences extraordinaires de la découverte précédemment citée si elle se vérifiait aussi pour les humains !

Or, il semble que ce soit le cas. Selon une étude de 2012, Maternal choline intake alters the epigenetic state of fetal cortisol-regulating genes in humans , rapportée par ScienceDaily, "Consommer une plus grande quantité de choline, un nutriment qu'on trouve dans les oeufs et la viande, pendant la grossesse peut réduire la vulnérabilité de l'enfant à des maladies liées au stress, tels que des troubles de la santé mentale et des maladies chroniques, comme l'hypertension, plus tard dans la vie."

La choline régulerait et stabiliserait l' axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien foetal, un système complexe d'autorégulation chargé tout au long de la vie de la réponse neuro-hormonale, chargé  en particulier de la réponse au stress via le cortisol . Gestion Santé a déjà évoqué ce sujet, par exemple dans notre page sur la vitamine D, à propos de la préservation des fonctions neuro-musculaires .

Plus de choline dans l'alimentation maternelle diminuerait le risque d'excès de cortisol foetal. Lorsque la future mère est soumise à un excès de stress, quand elle est anxieuse ou déprimée, il en résulte souvent des niveaux trop élevés de cortisol foetal, ce qui peut ensuite prédisposer sa progéniture à des risques de mauvaise gestion des facteurs de stress et à des troubles métaboliques variés tout au long de la vie.

Dans l'étude évoquée des mères ont été complémentée avec des dosages correspondant à une fois ou deux fois les apports recommandés de choline. Les chercheurs se sont aperçu que la choline agissait par régulation épigénétique, en régulant l'expression ou l'inhibition de certains gènes cellulaires. Autrement dit la choline créerait une empreinte durable sur le foetus en modifiant l'expression génétique de différentes types cellulaires. Selon ScienceDaily, "les marqueurs touchées étaient ceux qui régissent l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ou axe HHS, qui contrôle pratiquement toutes les activités hormonales dans le corps, y compris la production du cortisol, hormone qui reflète notre réponse au stress et régule notre métabolisme, entre autres choses." L'effet est lié en particulier à la méthylation de l'ADN. Un effet commun à la choline, à la vitamine B9 et aux acides aminés soufrés. L'effet sur l'expression des facteurs génétiques du cortisol s'est révélée spectaculaire, "Pour les apports de choline les plus élevés {2 fois les AJR] on constate une réduction de l'expression de ces gènes, menant à 33% de moins de cortisol dans le sang des bébés dont la mère avait consommé 930 mg / jour [de supplément de choline]."

Une autre étude récente de complémentation a été menée pendant la grossesse avec des taux relativement élevés de 3,600 milligrams de phosphatidylcholine en deux prises versus placebo. La complémentation a été poursuivie après la naissance chez le nouveau né avec 100mg / jour versus placebo. Un test révélateur du risque vis à vis de la schizophrénie a alors été mené à 33 jours. Les schizophrénes ont une caractéristique spécifique : "Normalement, le cerveau répond pleinement à un bruit de claquement initial, mais inhibe sa réponse à un second claquement qui suit immédiatement. Chez les patients atteints de schizophrénie, une inhibition déficiente est fréquente et est liée à une faible capacité de filtrage sensoriel et à la transmission familiale du risque de schizophrénie. Étant donné que la schizophrénie n'apparaît pas habituellement avant l'adolescence, ce trait, mesurable dans l'enfance, a été choisie pour représenter la maladie." Dans l'étude, "86% des nouveau-nés supplémentés en choline pré- et postnatale, comparés à 43 % des nourrissons non supplémentés, inhibent la réponse aux sons répétés, tel que mesuré avec des capteurs EEG placés sur la tête du bébé pendant son sommeil." On voit donc que l'effet de protection neurologique est très important et a des bénéfices qui vont probablement bien au-delà de la protection vis à vis de la schizophrénie.

Ces recherches viennent donc confirmer l'utilité probable d'apports relativement élevés en choline chez la femme enceinte.

La vitamine E naturelle

Les mères transmettent la vitamine E au fœtus tout particulièrement lors des 12 dernières semaines de la grossesse dans des quantités qui seraient de l'ordre de 20mg. Des enfants très prématurés (moins de 28 semaines) peuvent montrer des signes de déficit aigu appelé anémie hémolytique, si la naissance est intervenue avant que ce passage de la vitamine E de la mère à l'enfant ne soit intervenu. Dans cette pathologie les globules rouges sont détruits du fait de la carence en vitamine E et provoquent l'anémie.

La courte fenêtre de transfert de la vitamine E de la mère à l'enfant plaide évidemment pour une complémentation en vitamine E pendant le dernier trimestre de la grossesse afin de maximiser le taux de vitamine E du fœtus et le protéger du stress notamment pendant la naissance ou en cas de prématurité ou de soins intensifs. Toutefois les avantages que pourraient tirer le fœtus de ce surcroit de vitamine E ne semble pas avoir fait l'objet d'études sérieuses en double aveugle, mais plutôt de diverses études cliniques d'intervention.

Robert V. Acuff le grand spécialiste de la recherche sur la vitamine E et la grossesse a montré (4) que les formes de vitamine E présentent dans la plupart des suppléments nutritionnels pour la grossesse (de la vitamine E de synthèse) étaient mal assimilées par le foetus et qu'il fallait apporter de l'alpha-tocophérol naturel qui est 3.5 fois plus présent dans le placenta que la forme synthétique. On sait aussi que cette forme naturelle est bien plus protectrice pour les tissus. Il n'a malheureusement pas évalué les autres formes de vitamine E naturelles dont on réévalue régulièrement l'importance pour l'organisme. Pour en savoir plus sur la vitamine E, sur les 8 formes naturelles et les problèmes importants posés par la forme synthétique, consulter la page vitamine E de Gestion Santé. On reste effaré que la vitamine E de synthèse puisse être donnée à des nourrissons et des femmes enceintes, quand on sait qu'elle contient 7/8 de formes chimiques non reconnues par le corps humain car non présentes dans la nature. On ignore en fait les conséquences à long terme de l'utilisation de cette forme de vitamine E de synthèse prise à des périodes si sensibles de la vie.

Acuff semble estimer d'après cette source que la complémentation générale en vitamine E des femmes ayant l'intention de procréer serait très utile en terme de santé publique compte tenu de son effet positif sur une foule de pathologies associées à la grossesse.

Le fer

Il est à noter que la supplémentation en fer est la seule a être largement conseillée et pratiquée en France par le corps médical en cours de grossesse, alors que son utilisation systématique est contestée par les partisans avertis de la supplémentation en vitamines et minéraux ! (voir par exemple les remarques de Thierry Souccar à ce sujet). D'après une étude d'une équipe de la faculté de médecine de Toulouse, faite sur la base des prescriptions médicales en cours de grossesse à une population de femmes représentatives, et ne tenant pas compte de l'automédication, environ 75% des femmes de l'étude avaient reçu une complémentation en fer pendant la grossesse (5) , ce qui est nettement supérieur à la proportion de femmes effectivement carencées (moins d'un tiers des femmes d'après les études françaises citées par T. Souccar). Or le fer contribue au stress oxydatif et ne devrait donc pas faire l'objet de complémentation en dehors d'une carence avérée et seulement avant et au début de la grossesse (6). A cela s'ajoute le fait que les supplémentations en fer remboursées par la sécurité sociale sont des sels de fer alors qu'il faudrait préférer le fer chélaté mieux assimilé, peu réactif et faiblement oxydant, mais plus coûteux et non remboursé (voir par ex. les produits Albion)...

Une petite étude récente montre aussi qu'un niveau plus élevés de divers nutriments faciliterait significativement l'absorption du fer. Autrement dit la prise d'un multivitamine et multiminéral sans fer bien dosé pourrait constituer un moyen efficace de prévention de la carence en fer modérée (Etude italienne de 2007 dans PubMed)

L'iode

La déficience en iode passe à tort pour une pathologie du tiers monde. En réalité comme l'a montré une petite étude menée à l'hôpital Saint-Antoine sur 114 femmes parisiennes, et relatée par lequotidiendumedecin.fr " Un apport en iode serait nécessaire avant la grossesse " Ces résultats traduisent probablement des apports insuffisants en iode chez de nombreuses femmes françaises. Selon cet article, "Quand les apports en iode sont suffisants (200-250 µg/jour), la machinerie thyroïdienne s’adapte rapidement pour augmenter la production de thyroxine totale (TT4) et maintenir des taux stables de thyroxine libre (FT4)." (...) "Les taux de la FT4 sont diminués chez 30 % d’entre elles. Et une augmentation de la TT4 est présente chez 27 % des femmes du groupe." (...) "L’étude valide par ailleurs le dosage de FT4 pour estimer la sécrétion de cette hormone pendant la grossesse." Ces résultats semblent indiquer une carence chez 1/3 des femmes examinées.

Une étude de Philippe Caron, du Service d'Endocrinologie et Maladies Métaboliques de Toulouse datant de 2004 " La carence en iode au cours de la grossesse " va dans le même sens et indique (mon souligné) "Au cours de la grossesse, un apport iodé de 200 à 250 μg par jour entraîne une correction des anomalies fonctionnelles et morphologiques chez la mère et le foetus, et prévient l'apparition d'une dystrophie thyroïdienne chez la mère et des troubles neuro-psychiques chez les enfants. Avant la grossesse, un apport iodé quotidien de 100 à 150 μg permettrait d'avoir un pool iodé intra-thyroïdien adéquat (10 à 20 mg) chez la mère. Au cours de la grossesse, un apport iodé de 200 à 250 μg d'iode est nécessaire pour maintenir une physiologie thyroïdienne normale tant chez la mère que chez le foetus. En France, les habitudes alimentaires et en particulier la consommation du sel ne permettent pas d'avoir un apport iodé suffisant chez les femmes avant et au cours de la grossesse.Sans effet délétère rapporté chez la mère et le foetus, une supplémentation iodée de 100 à 200 μg/j par des comprimés d'iodure de potassium devrait être proposé à toutes les femmes qui envisagent une grossesse ou dès qu'elles sont enceintes."

L'importance des effets du manque d'iode, même modéré, pendant la grossesse a été confirmée par une étude australienne récente rapportée par sciencedaily. Il en ressort que des apports insuffisants pendant la grossesse, sont repérables dans des tests d'alphabétisations, menés sur les enfants à l'âge de 9 ans, en particulier dans le domaine de l'ortographe, alors même que les enfants avaient été complémentés en iode pendant leur enfance.

Les acides gras oméga-3 des huiles de poisson (DHA et EPA)

Une autre étude très récente, effectuée cette fois chez l'homme (8) montre que les enfants des femmes ayant eu une alimentation riche en poisson gras pendant leur grossesse, ont un meilleur développement visuel que la population de référence. Ce phénomène est lié à certains types d'acides gras oméga-3 contenus dans ces poissons, le DHA (acide docosahexaénoïque) et peut-être EPA (acide eicosapentaénoïque) qui jouent un rôle important dans la constitution des membranes des cellules nerveuses et les tissus de la rétine.

Rappel : Gestion Santé recommande les huiles omega 3 de poisson stabilisées sur triglycérides très résistantes à l'oxydation. Ce n'est pas de loin la formulation la plus courante en complémentation. On les trouve chez Nutrimuscle ou chez les fournisseurs américains sous la marque Nordic Naturals, Ultimate Omega.

D'autres nutriments comme les deux caroténoïdes antioxydants la lutéine et la zéaxanthine qui jouent un rôle clé dans la rétine n'ont pas encore été évalués.

La vitamine C

Des résultats récents de 2003 semblent confirmer l'intérêt de la vitamine C pour éviter les fausses-couches. D'après une recherche de Siega-Riz AM, et coll. : "Vitamin C intake and the risk of preterm delivery" le risque de rupture prématuré des membranes du placenta est doublé chez les femmes ayant un apport faible en vitamine C. Toutefois les femmes à risque avaient des apports significativement inférieurs aux apports journaliers recommandés et on ne peut guère sur cette base que conseiller de respecter les apports journaliers recommandés pour les femmes enceintes (voir l'excellente synthèse du Journal Santé). Cette publication est pour moi l'occasion d'une découverte étonnante : Il ne semble exister aucune étude de qualité corrélant l'ensemble des paramètres d'évolution de la grossesse avec les apports en vitamine C (naturelle ou par complémentation) et le taux plasmatique ! Encore une preuve que les vitamines, non brevetables, intéressent vraiment très peu les chercheurs ! Une étude récente "Plasma vitamin C levels and risk of preterm prelabour rupture of membranes' x http://www.ajcn.org/content/81/4/859.full

A noter toutefois qu'une recherche de 1999 de Chappell a montré qu'en cas de pré-éclampsie, une pathologie de la grossesse relativement fréquente (10% des premières grossesses ! et 5% des grossesses totales), qui se traduit par une hypertension très difficile à traiter par les traitements classiques (cette pathologie fait d'ailleurs des ravages dans le tiers monde), on peut utiliser efficacement un supplément en vitamine E (400UI d'alpha-tocophérol) et en vitamine C (1g). Le traitement est alors à prendre avant et pendant la grossesse. L'étude menée sur une population à haut risque a diminué de 50% la survenue de cette pathologie (ou de 76% ? selon une autre source).

Une étude de 2002 mesurant à la fois le taux plasmatique de vitamine C et l'apport alimentaire fixe un seuil de risque majoré pour la pré-éclampsie pour des apports de 85mg (risque doublé). C'est un niveau relativement élevé et une frange importante de la population en consomme moins. Entre le quartile inférieur (donc 25% de la population étudiée) de la concentration en vitamine C du plasma sanguin et le quartile supérieur de concentration le risque est multiplié par 3,8 ce qui est énorme ! Cette étude nécessite toutefois quelques précautions car elle compare un groupe de femme avec pré-éclampsie avec un groupe non atteint. La pré-éclampsie provoquant un stress oxydatif, elle diminue le taux sanguin de vitamine C à habitude alimentaire équivalente. Il faut donc plutôt se fier à la consommation alimentaire et tenir compte de ce que des cofacteurs alimentaires à la vitamine C sont apportés par l'alimentation.

Finalement deux études récentes publiées en 2006, l'étude VIP et l'étude ACTS n'ont pas trouvé d'efficacité pour la vitamine C et E aux dosages de l'étude de Chappell. Ces études souffrent des faiblesses suivantes : seule une forme de vitamine E est apportée (sur les 8 formes naturelles) et ce n'est pas celle qui est la plus efficace sur le stress oxydatif. La vitamine C a été apportée sans cofacteurs (les bioflavonoides). Enfin dans ces études et pour des raisons qui m'échappent les apports ont été faits de la 14e à la 22e semaine de gestation, alors que la vitamine E protège le foetus dans le dernier trimestre de la gestation (celle-ci dure 39 semaines chez la femme ou 41 suivant la méthode de décompte) et que la vitamine C a probablement un effet intéressant dès la conception.

Dans ces dernières études les femmes du groupe placebo n'étaient pas déficitaires en vitamine C, ce qui explique probablement l'absence d'efficacité.

A priori l'intérêt de la vitamine C dans la pré-éclampsie n'excède pas ce que l'on peut attendre d'un niveau adéquat de vitamine C, tel que nous l'avons évoqué dans cette page sur La normalisation des taux plasmatique de vitamine C.

Vitamine D et pré-éclampsie (extrait de notre Journal de bord du 19/09/07)

Dans notre page sur "Acide folique (vitamine B9) et autres nutriments pendant la grossesse" nous avions également examiné l'intérêt éventuel de certains nutriments pour limiter le risque de pré-éclampsie. Il s'avère que la vitamine D est une nouvelle candidate majeure à la lutte contre cette pathologie grave et très répandue de la grossesse. Dans le monde développé la pré-éclampsie est responsable de 10% des décès maternels mais ce taux atteint un faramineux 80% dans le monde en voie de développement. Cette pathologie est aussi fortement associée au risque de mortalité infantile.

Les bienfaits reconnus la vitamine D ne cessent donc de s'accumuler (lire notre page "Quoi de neuf sur la vitamine D ?" qui reprend tous nos billets sur la vitamine D) sachant que de très larges fractions de la population sont carencées.

Dans ce contexte une étude de l'Université de Pittsburgh publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, "Maternal Vitamin D Deficiency Increases the Risk of Preeclampsia" vient de donner des résultats sensationnels. Des extraits sanguins de 1198 futures mères ont été analysés avant 22 semaines de grossesse et à la fin de la grossesse [Lire compte rendu de l'étude en anglais sur Science Daily]. Le sang du cordon ombilical a aussi été analysé pour connaître le taux foetal à la naissance. Les résultats indiquent que le déficit en vitamine D en début de grossesse est un facteur de risque indépendant de pré-éclampsie. Avec un taux faible de vitamine D, le risque est multiplié par 5 ! La croissance du risque est quasi linéaire (ce qui renforce la valeur démonstrative de l'étude) et les chercheurs ont pu montrer qu'une "diminution de 50-nmol/liter de la concentration de 25(OH)D doublait le risque de pré-éclampsie."

Très important à signaler également est le fait que en France notamment la complémentation en vitamine D est conseillée à la fin de la grossesse car "La carence en vitamine D, fréquente en fin de grossesse, favorise les hypocalcémies néonatales. (Doctissimo)". Or ici c'est dès le début de la grossesse qu'il faut agir. La stratégie de complémentation française en vitamine D pendant la grossesse est donc entièrement à revoir. Elle ne peut passer que par la supplémentation compte tenu des dosages à atteindre en particulier pour toutes les conceptions intervenant en dehors des mois d'été (et encore en supposant dans ce cas que les mères aient l'occasion de fréquentes exposition au soleil sans avoir recours à des anti UV ce qui est loin d'être général).

Vitamine D et allaitement (extrait de notre page sur la vitamine D)

Le faible taux de vitamine D dans le lait maternel a toujours intrigué les scientifiques. Ainsi, selon passeportsante.net, "Les pédiatres recommandent souvent la supplémentation pour les nourrissons alimentés exclusivement au sein puisque le lait maternel renferme très peu de vitamine D. En octobre 2008, l’American Academy of Pediatrics a haussé de 200 UI à 400 UI sa recommandation quotidienne pour tous les enfants, de la naissance à l’adolescence."

The Vitamin D Newsletter a fait le recension d'une étude (lire également ici) très complète menée principalement par le Dr. Hollis sur 600 femmes enceintes réparties en 3 bras d'intervention auxquelles on a donné soit 400 UI (dosage habituel), soit 2000 UI, soit 4000 UI. Chez les femmes prenant 4000 UI celles-ci ont réussi à atteindre 40ng/mL, ce qui reste encore inférieur aux 50ng/mL que de plus en plus de spécialiste considèrent comme le dosage plasmatique optimum. Divers effets santé positifs ont été constatés avec 4000 UI sur de nombreux paramètres santé de la grossesse comme la diminution des naissances prématurées, un meilleur poids à la naissance, moins de risque d'infection chez la mère et l'enfant.

Carol Wagner and Bruce Hollis ont également répondu à la vieille interrogation sur la faiblesse du lait maternel en vitamine D. Cela tient à la faiblesse de l'ensoleillement reçu par les femmes contemporaines et ce n'est pas lié à une incapacité du lait à recuillir la vitamine D. Comme le résume John Cannell (section Breast milk ans vitamin D) en s'appuyant sur l'étude "High-dose vitamin D3 supplementation in a cohort of breastfeeding mothers and their infants: a 6-month follow-up pilot study" (ma traduction) :

"D'abord Carol [Wagner ] et Bruce [Hollis] on donné 2 000 IU par jour, puis 4,000 IU par jour et finalement 6400 IU de D3 par jour à des femmes allaitantes. C'est seulement avec 6400 de D3/jour que les femmes réussirent à maintenir à la fois leur propre niveau de 25(OH)D et celui de leur bébé allaitant au-dessus de 50 ng/mL. A 6400 IU/jour, l'activité en vitamine D du lait maternel passa de environ 80 UI [au départ de l'étude] pour atteindre 800 IU/L. Une belle découverte et une nouvelle raison pour nous tous de conserver nos niveaux de vitamine D au-dessus de 50 ng/mL." [mise en gras par Gestion Santé]

Evidemment il faudra de longues années pour que cette découverte publiée en 2006 entre dans la pratique pédiatrique courante, mais il nous semblait très important de sensibiliser le public à cette question, d'autant que l'on sait que l'allaitement maternel est de plus en plus conseillé compte tenu de ses bienfaits pour la santé de l'enfant.

Conclusion

Ainsi les femmes qui envisagent une grossesse auraient tout intérêt à étudier sérieusement avec leur médecin l'opportunité d'une complémentation adaptée en vitamines et minéraux bien en amont de leur grossesse. Cette pratique est très généralisée chez les femmes américaines, mais semble encore très peu usitée en France. Celle-ci s'avère difficile à mettre en oeuvre en France compte tenue des réticences et de la mauvaise information du corps médical. En ce qui concerne les apports en folates proprement dits, on peut espérer que les associations de parents d'enfants handicapés joueront un rôle pionnier dans ce domaine en faisant pression sur les pouvoirs publics. Il n'en reste pas moins qu'aucune campagne d'information vraiment sérieuse ne semble envisagée pour l'instant par les pouvoirs publics, ni à destination du public féminin, ni des médecins. Comme d'habitude on s'en tient à des phrases creuses sur la nécessité d'une alimentation équilibrée et aux recommandations très mal suivies sur la vitamine B9. Nous avons évoqué la question de l'interférence, tout a fait spécifique à la France, entre la communication institutionnelle sur la nutrition et la dévalorisation qu'elle entraîne de la complémentation dans la section "La situation des femmes enceintes" d'une de nos pages.

Les récentes découvertes, comme l'intérêt des acides gras DHA et EPA et de la vitamine E en fin de grossesse devraient encourager les chercheurs à lancer des recherches concernant les paramètres nutritionnels à optimiser pour la santé de la future mère pendant et avant la grossesse pour le développement du futur bébé. Il est probable que des découvertes très importantes restent à faire dans ce domaine. Mais on en sait déjà assez pour une politique de complémentation beaucoup plus complète que celle actuellement menée.

La politique de suivi de la grossesse dans notre pays est marquée, comme tous les autres domaines de la santé, par une méconnaissance et un désintérêt manifeste, voire une hostilité de principe à l'égard de la supplémentation nutritionnelle. En fait, tout ce qui pourrait évoquer de près ou de loin l'intérêt d'une complémentation nutritionnelle suscite une opposition véhémente dans l'establishment médical puissamment relayé par l'autorité de l'État. Même des questions fondamentales de santé publique sont traitées de façon complètement aberrantes en fonction de cette idéologie, au mépris des données clairement établies par la recherche scientifique.

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(1) Czeizel: Prevention of congenital Abnormalities by Periconceptional Multivitamin Supplementation, Brit. med. J., 306: 1645-1648, 1993.

(2) "New England Journal of Medicine" du 13 mai 1999. Voir aussi "Impact of Folic Acid Fortification in the United States: Markedly Diminished High Maternal Serum Alpha-Fetoprotein Values". in Obstetrics & Gynecology 2004;103:474-479

(3) Hernandez-Diaz et coll. du Boston University School of Public Health.

(4) Robert V. Acuff, American Journal of Clinical Nutrition, 1998; 67; 459-464

(5)D'après une étude publiée dans le Lancet et rapportée par le Quotidien du Médecin du 20/11/2000.

(6)Dans bien des cas, une supplémentation en vitamine C au moment du repas, dont on sait qu'elle augmente très fortement l'assimilation de du fer alimentaire contenu dans les produits végétaux, serait vraisemblablement bien plus utile ! (100 mg de vitamine C par repas suffisent pour augmenter fortement l'assimilation du fer).

(7)D'après un article du magazine de Life Extension Foundation de mai 2000 (traduction J.V.).

(8) Cathy Williams : Stereoacuity at age 3.5 y in children born full-term is associated with prenatal and postnatal dietary factors: a report from a population–based cohort study. Am J Clin Nutr 2001 73: 316-322 . Voir Le Journal Santé pour plus de détail sur cette étude.

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Créé le 04/01/01. Dernière modification le 21/07/13.