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Quoi de neuf sur la vitamine E ?

 

La vitamine E est, avec la vitamine C, la vitamine la mieux connue du grand public. Notre page sur la vitamine C étant une des plus consultées du site, nous avons pensé qu'une page sur la vitamine E rencontrerait un intérêt similaire. Toutefois, il existe déjà de nombreuse pages Web qui proposent une présentation de la vitamine E. Notre approche a donc été de proposer une synthèse actualisée des connaissances qui ont énormément évoluées depuis une dizaine d'année et qui sont essentiellement accessibles en langue anglaise. Comme c'est notre habitude sur Gestion Santé, nous nous sommes efforcé d'être le plus pédagogue possible sans simplifier le sujet. Nous n'avons pas voulu faire un catalogue des avancées scientifiques, mais donner à la personne qui s'intéresse à la complémentation nutritionnelle un cadre conceptuel pour comprendre l'intérêt et les limites de l'utilisation de la vitamine E sur la base des données les plus récentes (Rappelons que ce site a une visée uniquement informationnelle et n'entend pas se substituer à un avis médical autorisé). Nous nous sommes aussi, comme à notre habitude, intéressé aux questions de santé publique qui pouvaient être liées à notre sujet.

Un peu de chimie
Tocophérol et tocopheryl
Apports journaliers recommandés (AJR)
Vitamine E alimentaire, restauration des aliments
La vitamine E de synthèse ... de plus en plus synthétique!
Origine des compléments alimentaires de vitamine E naturelle
Tocophérol et tocophéryl
Dosages des compléments alimentaires
Transport et stockage organique
Les effets antioxydants de la vitamine E
Les vitamine E tocotriénols comme neuro-protecteurs en cas d'attaque cérébrale
Protection contre le vieillissement neurologique : Alzheimer et déclin cognitif
Protection cardio-vasculaire
La vitamine E et le cancer
Des effets divers et positifs sur l'état de santé
Vitamine E et santé hépathique
Stratégies de complémentations avec la vitamine E
Articles à consulter pour aller plus loin (en anglais)

Un peu de chimie

La vitamine E est une vitamine liposoluble c'est-à-dire qu'elle est soluble dans les graisses. C'est aussi le cas des vitamines A, D et K. Par opposition les vitamines hydrosolubles sont solubles dans l'eau. C'est le cas de la vitamine C et des vitamines du groupe B.

Voici un tableau donnant la formule des différentes molécules de vitamine E naturelles:

 

D'après "Apports nutritionnels conseillés pour la population française, Ambroise Martin, coord. - Ed. Tech et Doc, 2001"

Ci-dessous des représentations plus détaillées d'une molécule d'alpha-tocophérol et de son correspondant alpha-tocotriénol (avec les groupes CH3 de la chaîne latérale).

kiso_1_2.gif (12472 byte)

Chroman nucleus = noyau chromanol

Side Chain = Chaîne latérale ou "queue" phytyl

kiso_1_3.gif (10009 byte)

Source: eisai.co.jp/evita_e.

On voit qu'il existe 8 formes de vitamine E naturelles, 4 formes tocol (alpha, bêta, gamma, delta) et 4 formes triénols (alpha, bêta, gamma, delta). La partie gauche de la molécule (noyau 6-chromanol) est identique entre un alpha-tocophérol et un alpha-tocotriénol (idem pour les 3 autres formes). Le noyau chromanol (ou chromane) est constitué de deux anneaux qui ressemble au naphthalène avec substitution d'un atome d'oxygène par un atome de carbone, ce qui en fait un éther cyclique. Les alpha ont trois CH3 et un seul HO dans le noyau. Les formes bêta et gamma n'ont qu'une différence spatiale concernant l'emplacement de leurs deux groupements CH3 du noyau chromanol, mais ont la même masse moléculaire. Enfin, les gamma ont un CH3 et 3 HO dans le noyau.

La chaîne latérale isoprénoïde de 16 atomes de carbone, à droite, est la même pour les formes alpha, béta, delta et gamma, mais se décline sous une forme différente selon qu'il s'agit d'un tocophérol ou d'un tocotriénol. Elle contient plus de doubles liaisons dans les triénols et donc moins d'atomes d'hydrogènes liés aux atomes de carbone.

Les doubles liaisons font que les chaînes latérales des formes triénols sont plus courtes car plus repliées que celles des formes phérols. Il en résulte, lorsque la vitamine E est intégrée dans une membrane cellulaire, que les triénols sont plus mobiles et ont de ce fait un pouvoir antioxydant plus important, mais aussi qu'ils quittent plus facilement la membrane et ont donc un effet moins durable.

Les 8 molécules de vitamine E sont plus ou moins "lourdes". Plus il y a de radicaux CH3 (à la place des radicaux H) dans les noyaux R1, R2 et R3, plus la masse moléculaire est élevée. Ainsi le alpha-tocophérol est plus lourd que le bêta et le gamma, de poids identique, qui sont plus lourds que le delta. Et les formes triénols qui contiennent plus de liaisons insaturées, et donc moins d'atomes d'hydrogène dans leur chaîne latérale, sont plus légères que leur correspondante tocol.

Ce sont les atomes d'hydrogène des radicaux OH qui donnent les propriétés d'oxydoréduction de la molécule de vitamine E.

Tocophérol et tocopheryl

Une autre difficulté de la désignation de la vitamine E tient à la différence de désignation entre les "ol" et les "yl". La terminaison en "yl" ne doit pas faire croire qu'il s'agirait d'une forme synthétique. Cela veut juste dire qu'il s'agit d'un ester. Aussi bien la forme naturelle (D-alpha tocophéryl succinate) que synthétique peut-être estérifiée. La forme en "ol" est la forme active de la vitamine E sous laquelle elle peut agir comme antioxydant dans l'organisme. C'est la forme qui est présentée dans le tableau des formes chimiques présenté en début de page.

Les formes estérifiées sont obtenues en faisant réagir la vitamine E avec un acide organique comme l'acide acétique (que l'on trouve notamment dans le vinaigre) qui va remplacer le groupe hydroxyl OH du noyau chromane de la vitamine E. Les formes estérifiées les plus courantes sont l'alpha-tocopheryl acetate et l'alpha-tocopheryl succinate (le nom change avec l'acide utilisé). C'est ce groupe OH de la vitamine E qui porte la propriété antioxydante de la vitamine E. La vitamine E estérifiée n'est donc plus un antioxydant. Cela permet de la conserver en toute sécurité en extrait sec sans qu'elle risque de s'oxyder, et lors de la digestion, l'ester est hydrolysé pour libérer à nouveau la forme antioxydante de la vitamine E qui peut passer dans le plasma. C'est pourquoi certains spécialistes préfèrent cette présentation, d'autant que les études récentes ont confirmées que la digestion permettait de libérer sans difficulté et en totalité les différents ester de la vitamine E. Lorsque la présentation du complément alimentaire est en "ol" le fabriquant doit prendre tout une série de précautions supplémentaires pour protéger son produit. En général la vitamine E est mélangée à un peu d'huile végétale, mise dans des gélules hermétiques à l'air et doit impérativement être protégée de la lumière. Malheureusement les formes de vitamine E autre que l'alpha-tocophérol ne se prêtent pas à la réalisation d'extrait sec (en tout cas ceux-ci ne sont pas couramment disponibles en complémentation), et les récentes découvertes montrent qu'il faut des apports dans toutes les formes de vitamine E. Les compléments apportant des formes mixtes sont donc présentés sous forme liquide sur le marché de la complémentation.

A noter que pour les produits de beauté à usage externe, il faut par contre utiliser exclusivement la forme libre de la vitamine E, la peau transformant très mal les formes estérifiées. Malheureusement cette forme libre s'oxyde facilement ce qui risque de rendre la vitamine inefficace.

Apports journaliers recommandés (AJR)

Il faut d'abord savoir que seule la forme alpha-tocophérol de vitamine E bénéficie d'un AJR alors qu'il est maintenant reconnu que l'ensemble des formes naturelles de la vitamine E jouent un rôle non négligeable en matière de santé. Les AJR pour l'alpha-tocophérol sont de 12mg/j. Il n'y a pas d'AJR pour les autres formes de vitamine E. La législation est donc relativement obsolète car au vu des données récentes, il paraîtrait indispensable de définir au moins un AJR pour la forme gamma-tocophérol compte tenu de son importance reconnue.

D'après l'AFSSA (agence française de sécurité sanitaire des aliments), les carences des apports en vitamine E sont importantes dans la population, puisque, d'après la synthèse des études de terrain effectuées, plus de 30% de la population française recevrait moins de 8mg/j, ce qui est très largement inférieur au 12mg/j conseillés, lesquels paraissent pourtant indispensables au maintien d'un état de santé satisfaisant. Une partie non négligeable de la population est donc en-dessous du seuil de 7mg en-deça duquel les risques santé augmentent de façon très importante.

On sait d'après de nombreuses études épidémiologiques qu'avec des apports dans les limites inférieures des apports recommandés en vitamines ou en minéraux, le risque santé augmente fortement. Ainsi, d'après la revue LEF (voir ref. 3 à 7), en dessous de 7mg/j de vitamine E, le risque de cancer du sein augmente de 50% (ce surrisque disparaît au-dessus de 8mg/j). Avec plus de 30% de la population française à moins de 8mg/j, la population féminine concernée par cette augmentation du risque cancéreux (cause majeur de décès chez les femmes) est donc loin d'être négligeable, même s'il n'est quasiment jamais évoqué dans la grande presse ou même les revues spécialisées. Il est probable que l'augmentation du risque pour les différentes pathologies apparaît pour des seuils d'apports différents en vitamine E. Les dosages très au-dessus des AJR de la complémentation apportent quant à eux un facteur de surprotection pour certaines pathologies et en terme de mortalité générale (1).

Ce phénomène se retrouve pour de nombreux nutriments pour lesquels de large fractions de la population sont largement en dessous de s AJR, ce qui prédispose et favorise l'installation ou la diffusion de nombreuses maladies dégénératives ou infectieuses au sein de la population.

Vitamine E alimentaire, restauration des aliments

On trouve la vitamine E dans l'huile de germe de blé, le germe de blé et les autres céréales germées, les légumes verts à feuille, la plupart des graines oléagineuses et les huiles végétales, la margarine, le beurre, le foie, la viande, le jaune d'oeuf et les produits laitiers.

La législation française autorise ce qu'on appelle la restauration en vitamines de certains aliments (à distinguer de l'enrichissement), si l'aliment est considéré comme une source importante de vitamine(s) alimentaire(s). Cette restauration s'effectue en quantité équivalente aux pertes dues au transport, au stockage, aux traitements mécaniques et thermiques, en vue de rétablir la teneur initiale en vitamines. Ces produits alimentaires sont reconnaissables en ce qu'ils annoncent une teneur garantie en vitamines qui doit représenter un pourcentage compris entre 80 et 200% de la teneur naturelle en vitamines des matières premières avant transformation. Les aliments les plus couramment restaurés sont les margarines, les laits, les potages, les boissons aux fruits, les purées et les huiles. Cette teneur naturelle est évaluée à partir de tables de composition de référence nationale (Ciqual) et /ou internationale ou de l'analyse de l'aliment effectuée par le fabricant. Les produits à teneur garantie en vitamines doivent être mis en vente sous une dénomination comportant l'expression «à teneur garantie en...» suivie du nom de la ou des vitamines restaurées. Evidemment le choix de l'expression «à teneur garantie en...» plutôt que «restauré en...» n'est pas anodin, et la deuxième expression, la seule a véritablement rappeler le procédé employé, a bien sûr été écartée car elle évoquerait trop, pour le consommateur, la dénaturation du produit résultant des process de fabrication qui rend nécessaire ladite «restauration».

La restauration en vitamine E pose un problème très spécifique car si,pour toutes les autres vitamines, les vitamines ajoutées sont de synthèse, elles sont des copies conformes des formes naturelles, à la différence qu'elles ne sont pas liées organiquement au nutriment, comme dans l'aliment naturel. Par contre avec la vitamine E, le problème est différent car la vitamine E de synthèse ne contient qu'une petite partie de vitamine E naturelle (1/8 et non 1/2 comme on le croit d'habitude) et seulement la forme alpha-tocophérol (voir, ci-après, nos explications détaillées sur cette importante question). Or les choix en matière de restauration en vitamines E sont tellement une affaire d'initiés entre industriels et experts des agences de santé, que malgré mes recherches j'ignore quel type de vitamine E est utilisée et selon quel dosage. Toutefois il semblerait que la "restauration" s'effectue avec de vitamine E de synthèse.

Le problème est d'importance car les produits restaurés en vitamine E sont des sources significatives de vitamine E pour de nombreux consommateurs notamment via les huiles alimentaires. Or le dosage de la vitamine E de synthèse est en général rapportée à celui de la vitamine E naturelle suivant des tables d'équivalences qui sont largement obsolètes d'un point de vue scientifique. Il est donc probable que les apports réels en vitamine E de la frange de la population qui utilise des produits restaurés (comme certaines huiles, margarines ou laits) soient sensiblement surévalués. Les apports trop faibles en vitamine E qui concernent déjà une part non négligeable de la population pourraient donc être encore plus important qu'on ne le croit.

Rappelons à ce propos la très grande richesse en vitamines des produits de l'agriculture biologique et notamment en ce qui concerne les huiles qui permettent des apports non négligeable en vitamine E. Ce point a été beaucoup contesté jusqu'à récemment, mais d'après l'étude ABARAC du Pr Henri Joyeux (2), de nombreuses huiles alimentaires issues de l'agriculture traditionnelle seraient supplémentées en vitamine E (probablement de synthèse pour autant que l'on puisse le savoir), alors que les huiles d'origine biologique apportent une quantité élevée de vitamine E naturelle, car elles sont naturellement plus riches en vitamine et peu traitées et raffinées. Le consommateur avisé et soucieux de sa santé devrait donc utiliser exclusivement de l'huile d'olive première pression à froid (bio ou non) et des huiles biologiques pour tous les autres types d'huile.

La vitamine E de synthèse ... de plus en plus synthétique!

Dans la plupart des documents traitant du sujet, mais qui ne sont plus d'actualité comme nous l'expliquons dans ce qui suit, on lit que l'acétate de tocophérol est la vitamine E de synthèse dans laquelle environ la moitié de la vitamine E est inactive et le reste présent sous forme d'alpha-tocophérol (forme organique naturelle). La vitamine de synthèse contiendrait deux formes de tocophérol, levogyre ou dextrogyre, ayant une structure spatiale différente, distinguées suivant leur pouvoir rotatoire vis à vis de la lumière. L'organisme, ne reconnaît comme actif et assimilable que la forme dextrogyre, qui correspond à la vitamine E naturelle ( D-alpha-tocophéryl). D'où la perte de 50 % de produit actif.

En fait, une étude plus approfondie de la question permet de découvrir que les informations données ci-dessus sur la vitamine E de synthèse, qui circulent encore largement, correspondent en fait à la situation qui a prévalue jusqu'à la fin des année 60 avec l'utilisation de la synthèse de Schuffer comme processus de fabrication et ne sont plus d'actualité.

En lisant une interview tirée du magazine de référence Whole Foods magazine, ou Richard A. Passwater interviewe une éminente spécialiste américaine de la vitamine E, le Dr. Maret G. Traber, on en apprend de belles sur la question (ma traduction) :

"Tout d'abord je dois informer nos lecteurs sur les changements qui sont intervenues dans la fabrication de la vitamine E vers 1968-1969 et qui créent une importante différence quant à la constitution du mélange appelé "dl-alpha-tocopherol" ou vitamine E synthétique.

La vitamine E de synthèse a été la première source commerciale à grande échelle de vitamine E. Elle est devenue disponible à partir des années 40 (US 2,411,969 Karrer and Isler, 1941). Des années 40 jusqu'à la fin des années 60, la vitamine E de synthèse était fabriquée à partir de deux éléments seulement– le trimethylhydroquinone et le 2-ambo-phytol naturel tiré du lemon grass [Verveine des Indes?]. Ils étaient joints pour donner de l'alpha-tocopherol. Toutefois, à l'inverse de ce qui se passe lorsque la nature forme du RRR-alpha-tocopherol, ces deux composants pouvaient s'associer de deux façons différentes. Le premier était de la forme naturelle du RRR-alpha-tocopherol, mais l'autre association faisait que la "queue" phytyl se liait d'une façon différente sur l'atome de carbone du noyau chromane. (...)

Lorsque la synthèse de la vitamine E était faite seulement avec les deux produits cités, il y avait une probabilité équivalente pour qu'ils se joignent dans l'une ou l'autre position. Le résultat de l'ancien mode de synthèse de la vitamine E était un mélange 50-50 (...) appelé dl-alpha-tocopherol parce que constitué de moitié de d-alpha-tocopherol [forme dextrogire] et de moitié de l-alpha-tocopherol [lévogire] (...).

Aujourd'hui, la vitamine E de synthèse est toujours appelée dl-alpha tocophérol par la plupart des gens dans le domaine de la nutrition, et dl-alpha-tocopherol est toujours la désignation officielle utilisée sur les étiquettes pour la vitamine E de synthèse. Toutefois, la vitamine E de synthèse est fabriquée d'une façon différente en utilisant de l'isophytol (...) ce qui produit huit stéréoisomères (énantiomères) (...). Ce mélange est appelé all-rac-alpha-tocopherol par les chimistes, mais le nom commercial n'a jamais été changé après la modification du mode de fabrication. La vitamine E de synthèse est toujours désignée sur les étiquettes comme du dl-alpha-tocopherol (...), contenant seulement deux stéréoisomères, mais cela est trompeur car il s'agit maintenant d'un mélange de huit stéréoisomères."

Or les huit isomères sont synthétisés en quantité égale, et un seul correspond à une forme naturelle de vitamine E (alpha tocophérol) les sept autres isomères ont des modes de liaison entre le noyau et la queue phytyl inconnus dans la nature. C'est donc désormais 12,5% seulement de vitamine E physiologique qui est apportée par la complémentation avec de la vitamine E de synthèse. Scandaleux, incroyable, mais vrai! On comprend mieux pourquoi les études de complémentation avec de la vitamine E, menées initialement avec de la vitamine E de synthèse, en particulier pour le traitement ou la prévention des maladies cardio-vasculaires, ne donnaient pas de résultats concluant, alors que, compte tenu de l'effet de protection des corps gras contre l'oxydation qu'apporte la vitamine E, on en attendait beaucoup. Evidemment si la vitamine E apportée est huit fois moins active que l'équivalent de vitamine E de source naturelle, cela pourrait expliquer bien des choses ! Ajoutons que pour compliquer encore les choses, les 7/8 de vitamine E non naturelle ont quand même une efficacité chimique et antioxydante qui fait que la vitamine E de synthèse n'est pas 8 fois moins active que la vitamine E naturelle. L'effet peut être très variable suivant l'utilisation qu'en fait l'organisme.

La vitamine E de synthèse est utilisée comme médicament, dans les additifs alimentaires et dans les produits alimentaires pour l'alimentation animale et humaine.

Lors du raffinage et de divers traitements, en particulier pour les graisses végétales de qualité non biologique traitées industriellement, une bonne partie de la vitamine E est retirée lors de la filtration. C'est pourquoi, cela oblige les industriels à rajouter de la vitamine E pour protéger l'huile de l'oxydation et pour satisfaire les apports recommandés en vitamine E. Malheureusement, il semble que la vitamine E rajoutée soit synthétique. La vitamine E de synthèse est probablement aussi utilisée massivement dans l'alimentation industrielle des animaux d'élevage.

En ce qui concerne la vitamine E utilisée comme additif antioxydant dans les produits alimentaires pour les protéger de l'oxydation, le E 306 correspondrait à la forme naturelle et les E 307 308 et 309 correspondent aux formes synthétiques, respectivement alpha tocophérol, gamma tocophérol et delta tocophérol. Apparemment seules les formes synthétiques E 308 et 309 sont utilisées en complémentation humaine.

Mais c'est probablement lors de la restauration des aliments en vitamine E que les plus gros apports de vitamine E de synthèse sont effectués dans l'alimentation (point à confirmer compte tenu de la pénurie d'information disponible sur ce sujet).

Origine des compléments alimentaires de vitamine E naturelle

Bien que certains médicaments apportant de la vitamine E soit encore fabriqués avec de la vitamine E de synthèse, celle-ci a, sauf exception rarissime, totalement disparu du marché des compléments alimentaires, ce dont on ne peut que se réjouir. Le marché des compléments alimentaires est souvent décrié par le lobby médical, souvent particulièrment ignorant des problèmes qui se posent dans ce domaine. Pourtant lorsque l'on étudie la question de plus près on s'aperçoit qu'il s'agit d'un marché très réactif où les produits sont adaptés rapidement en fonction de l'actualité scientifique alors que ce n'est que rarement le cas de leur correpondant médicaux vendu en pharmacie où de nombreuses formulations de produits posent problème (vitamine D, vitamine E, sels de fer, absence de multivitamine B correctement dosés, etc.).

Les compléments alimentaires sont extraits de différentes huiles, selon les formes de vitamine E que l'on souhaite obtenir. L’huile de colza est surtout riche en alpha-tocophérol, les huiles de soja et de maïs contiennent une quantité importante de gamma-tocophérol. On extrait les tocotriénols des huiles de palme et de l'huile de riz. Il faut aussi savoir que la teneur en différentes forme de vitamine E peut varier sensiblement avec la maturité de la plante. C'est par exemple le cas des huiles de soja et de maïs qui s'enrichissent en gamma-tocophérol lorsqu'elles mûrissent et deviennent riches en acide gras insaturés qui sont ainsi protégés de l'oxydation. Le gamma-tocophérol est en effet un antioxydant plus puissant que l'alpha-tocophérol.

Aux USA et probablement dans une moindre mesure en Europe, les produits de raffinage sont de plus en plus souvent traités pour récupérer la vitamine E naturelle pour l'industrie de la complémentation nutritionnelle.

Il serait certainement très utile de penser dès à présent à financer des recherches pour tenter de réussir pour un prix abordable la synthèse des huit formes de vitamine E naturelles sans création de sous-produits non physiologiques. En effet, comme nous l'avons indiqué la vitamine E naturelle est obtenue par le traitement de corps gras le plus souvent destinés à l'alimentation humaine ou animale. Si la supplémentation continue à se développer dans la population, on risque d'aboutir à une pénurie de matière première et à des carences en vitamine E dans les corps gras fournis à la population. Par ailleurs il serait intéressant de pouvoir synthétiser les formes triénols qui sont présentes en petite quantité dans les plantes et qui se révèlent très intéressantes en complémentation.

La recherche est malheureusement bloquée du fait notamment que quasiment personne, et surtout pas les pouvoirs publics, ne se soucie des problèmes de santé que peut poser la complémentation par la vitamine E de synthèse.

Dosages des compléments alimentaires

Il est difficile de se retrouver dans les dosages de vitamine E, d'autant qu'on fait la mesure en milligramme (mg) ou en Unité Internationale (UI). La notion d'UI, utilisé depuis 1965, fait exclusivement référence à l'efficacité de la vitamine E par rapport à son premier rôle scientifiquement connu qui concerne la fertilité. On a ainsi mesuré le taux d'avortement de rates en fonction des apports en vitamine E en définissant le seuil minimum d'apport nécessaire pour chaque type de vitamine E. L'efficacité mesurée par l'UI est donc très spécifique et en fait très peu pertinente, compte tenu des innombrables fonctions aujourd'hui connues de la vitamine E, qui varient selon les différentes formes de vitamine E indépendamment de l'effet sur la fertilité. Bien que complètement obsolète, cet outil de mesure n'a malheureusement pas été remplacé. Pour illustrer cette obsolescence, indiquons que par exemple le gamma-tocophérol a par rapport au test de la fertilité entre le 1/10 et le 1/3 de l'efficacité de l'alpha-tocophérol, alors que c'est un antioxydant à plus large spectre d'action que l'alpha-tocophérol et qu'il joue un rôle très important dans l'organisme.

On considère qu'1 mg d'acétate de tocophérol est équivalent à 1 UI. Mais comme l'acétate de tocophérol est lui-même une forme dérivée de l'alpha-tocopherol proprement dit, 1 UI de vitamine E vaut en réalité 0,67mg d'alpha-tocopherol. Pour simplifier, on dira qu'une UI d'alpha-tocopherol naturelle équivaut environ aux deux tiers d'un milligramme, c'est-à-dire qu'un complément en vitamine E à 300 UI est l'équivalent d'un complément à 200 mg.

En pratique les compléments alimentaires sont souvent dosés en UI et la plupart des produits sont dosés à 400 UI d'alpha-tocophérol, dose que l'ensemble des spécialistes s'accorde pour considérer comme très sûre. Le NOAEL (No Observed Adverse Effect Level, niveau sans effet néfaste observé) de la vitamine E, déterminé par le CRN (U.S. Council for Responsible Nutrition) est de 800 mg (1200 UI) pour l'alpha-tocophérol.

Le dosage à 400 UI est en général considérée comme un dosage de prévention très satisfaisant par les tenants de la complémentation nutritionnelle. Des dosages plus important sont parfois utilisés en thérapie d'une maladie cardio-vasculaire. Rappelons que l'AJR (apport journalier recommandé) de la vitamine E est de 18 UI (12mg) en France (15UI aux USA). 400UI correspondent à plus de 20 fois les AJR. Il est quasi impossible d'avoir des apports alimentaires supérieurs à 30mg/jour de vitamine E. Il s'agit donc de doses pharmacologiques, mais dépourvus d'effets secondaires néfastes connus puisque largement en dessous du NOAEL. Il faut être plus prudent pour les apports plus élevés, en effet, la vitamine E est un fluidifiant sanguin. Il faut donc signaler la complémentation au médecin si on prend des anticoagulants ou si on doit subir une opération chirurgicale. Certains compléments alimentaires (huiles de poissons ou huiles végétales en gélules, capsules de co-Q10...) contiennent également souvent un peu de vitamine E pour les protéger de l'oxydation. Il convient de tenir compte de cet apport supplémentaire pour le calcul de l'apport journalier et le cas échéant de les prendre à un autre repas que la vitamine E. Un produit de qualité doit apporter de la vitamine E naturelle et préciser le(s) type(s) de vitamine E naturelle et leur poids respectif dans le supplément.

Pour les formes de vitamine E différentes de l'alpha-tocophérol, et que l'on trouve de plus en plus fréquemment en complémentation (car on s'est aperçu qu'elles étaient également fort intéressantes pour la santé), les mesures s'effectuent en mg puisque la notion d'UI n'est pas pertinente pour en mesurer l'efficacité (leur UI serait ridiculement faible si on utilisait ce système de mesure). Seul l'alpha-tocophérol présent dans le produit est utilisé pour calculer le % d'apport par rapport aux apports journaliers conseillés.

Transport et stockage organique

Nous n'absorbons qu'une partie de la vitamine E contenue dans les aliments ou les compléments alimentaires (de 30 à 60 %). Le taux d'absorption diminue avec l'augmentation des apports et l'on estime qu'en multipliant par dix l'apport, la concentration plasmatique ne fait que doubler. La concentration de la vitamine E dans le plasma sanguin est comprise entre 5 et 16 mg par litre. On la rapporte à la quantité de lipides circulants et on appelle cette mesure la vitamine E lipide-standardisée.

En cas de complémentation une dose d'au moins 100 UI semble nécessaire pour apporter une protection supplémentaire à celle que l'on obtient lorsque l'on respecte les apports journaliers recommandés. L'effet protecteur n'est toutefois complet qu'après 1 à 2 ans de complémentation régulière, temps qui semble nécessaire pour saturer l'ensemble des cellules de l'organisme. Une supplémentation pendant deux ans à 400UI permettrait de doubler le stock cellulaire normal de vitamine E de l'organisme, selon des recherches effectuées par le Dr Traber.

Le principal facteur qui conditionne l'absorption intestinale de vitamine E est la présence d'acides gras dans le bol alimentaire, obtenus à partir de la décomposition des triglycérides par une enzyme, la lipase pancréatique. L'insuffisance pancréatique tout comme le manque de sécrétion de sels biliaires peuvent conduire à un déficit en vitamine E.

Le corps humain semble largement favoriser la forme alpha-tocophérol de la vitamine E. Il existe en effet dans le foie une protéine de liaison appelée "Tocophérol Binding Protéin" (TBP) qui reconnaît sélectivement la forme alpha-tocophérol de la vitamine E naturelle, la transporte à l'intérieur des cellules hépatiques jusqu'au lieu de synthèse des lipoprotéines qui distribuent les corps gras et la vitamine E aux organes. Ce mécanisme très efficace permet de recycler la plus grande partie de la vitamine E plasmatique d'où la rareté des carences aiguës en vitamine E. Toutefois, l'effort physique intense entraîne une perte significative de vitamine E au niveau des muscles.

Le foie filtre les formes de vitamine E plasmatique et réintroduit préférentiellement dans les lipoprotéines la vitamine E alpha-tocophérol et une petite quantité des autres formes. Les autres formes de vitamine E (synthétiques mais aussi naturelles) sont donc éliminées plus rapidement du plasma que l'alpha-tocophérol. Toutefois, comme ce système fonctionne à partir du foie et non depuis l'intestin, les autres formes de la vitamine E peuvent également atteindre les cellules de l'organisme de façon évidemment beaucoup moins préférentielles via le catabolisme des chylomicrons (les lipoprotéines de l'intestin) avant que ceux-ci ne soient filtrés par le foie et la vitamine E non alpha éventuellement évacuée via la bile. L'élimination de la vitamine E se fait soit directement par voie biliaire soit après oxydation en quinone puis réduction en hydroquinone éliminée dans la bile après glucuronoconjugaison. La présence des formes non alpha-tocophérol est difficile à détecter dans le plasma, alors que leur présence dans les cellules de certains tissus peut être significative. On a en fait largement sous-estimé jusqu'à assez récemment la capacité de l'organisme à fixer les formes non alpha-tocophérol de la vitamine E. Il est possible qu'une partie de la vitamine E évacuée par voie biliaire soit recyclée via le bol alimentaire, ce qui expliquerait par exemple que le gamma-tocophérol soit présent en quantité relativement importante dans l'organisme humain, malgré les mécanismes favorisant le transport de l'alpha-tocophérol.

L'organisme est en effet capable de stocker beaucoup mieux qu'on ne le pensait initialement les formes de vitamine E naturelles différentes de l'alpha-tocopherol. De plus, la complémentation exclusive en alpha-tocophérol pourrait entraîner un déficit dans les autres formes de vitamine E du fait des mécanismes préférentiels qui assurent le transport de l'alpha-tocophérol. Or ces autres formes de vitamine E ont souvent des propriétés antioxydantes ou anti-carcinogènes très supérieures à l'alpha-tocophérol. La plupart des spécialistes s'accordent donc désormais pour conseiller la complémentation avec des suppléments contenant au moins du gamma-tocophérol en sus de l'alpha.

En cas de supplémentation, "environ 50% du gamma-tocophérol est converti en un métabolite hydrosoluble, le gamma-CEHC. Comme son métabolite alpha-tocophérol hydrosoluble équivalent l'alpha-CEHC, le gamma-CEHC est excrété dans l'urine. En inhibant les canaux de potassium de certaines cellules spécialisées du rein, le gamma-CECH, mais pas le alpha-CEHC, favorise l'excrétion de l'excès de sodium. (LEF magazine Octobre 2002)"

Toutes les lipoprotéines contiennent de la vitamine E : les chylomicrons (qui apporte les corps gras des intestins jusqu'au foie), les LDL et les HDL (qui font circuler le cholestérol depuis le foie et l'y ramène). La vitamine E comme le cholestérol est retrouvée dans la plupart des organes. Par ordre de concentration décroissante, on la retrouve dans le tissu adipeux (150.0 g/g et 90% de la vitamine E stockée dans l'organisme), les glandes surrénales (132.0 g/g), l'hypophyse (40.0 g/g) et les testicules (40.0 g/g) (source), les plaquettes sanguines , le coeur, les muscles, les ovaires, le plasma, les reins, et les globules rouges (qu'elles consolident).

On soupçonne que les différents organes ont des préférences variables pour les différentes formes de vitamines E naturelles, sans que la répartition soit encore bien connue. Chez la souris, données que l'on croyait extrapolables à l'homme, seul l'alpha-tocophérol se retrouverait dans le cerveau, mais la peau de ces animaux aurait une forte affinité pour les tocotriénols lorsque l'alimentation en apporte. Chez l'homme, le gamma-tocophérol protège du cancer de la prostate et a donc probablement une forte affinité pour les tissus correspondants. Mais ces données sont à compléter, préciser, voire à corriger, puisque, par exemple, on s'est aperçu récemment que la vitamine E diminuait le risque de maladie d'Alzheimer, mais que cet effet est obtenu par le gamma-tocophérol et non l'alpha-tocophérol (3), ce qui infirmerait l'affinité exclusive de l'alpha-tocophérol pour le cerveau. Selon des résultats scientifiques récents la répartition organique chez la souris ne serait absolument pas extrapolable à l'homme et la présence de gamma-tocophérol dans de nombreux tissus humains serait en fait très élevée. Par exemple, 30% à 50% de la vitamine E trouvée dans le muscle de l'homme, la peau, les veines et les graisses corporelles serait en réalité du gamma-tocophérol. (LEF magazine). Il est probable que ces données sont susceptibles de varier en fonction des habitudes alimentaires et de la complémentation éventuelle. Ces données reposent aussi le problème de la compréhension du système de transport des formes non alpha-tocophérol qui sont censées être très défavorables.

Les effets antioxydants de la vitamine E

La vitamine E étant soluble dans les graisses, son action antioxydante s'exerce sur l'ensemble des membranes cellulaires riches en corps gras et sur les lipoprotéines qui transportent le cholestérol. A ce titre elle jouerait un rôle protecteur vis vis des maladies coronariennes en cas d'apport alimentaire suffisant ou de complémentation à des doses significatives. Les membranes cellulaires jouant un rôle de premier importance dans la santé et la longévité cellulaire, la complémentation en vitamine E joue un rôle important en protégeant ces structures riches en lipides.

Une des propriétés qui retient particulièrement l'attention en ce qui concerne la vitamine E est sa capacité à piéger et à empêcher la prolifération des radicaux libres peroxyles, formés à partir des acides gras polyinsaturés par l'action de l'oxygène. Ces acides gras présentent (contrairement aux acides gras saturés) des doubles liaisons qui peuvent donner lieu à une oxydation très destructrice, laquelle se propage d'une molécule à l'autre. Ces acides gras non saturés sont en général considérés comme particulièrement utiles et doivent être apportés en quantité suffisante, mais ils sont plus sensibles à l'oxydation que les graisses saturées. Plus le régime apporte des acides gras non saturés plus il faut recevoir de la vitamine E pour, d'une part, les protéger de l'oxydation et, d'autre part, pour préserver le niveau de la vitamine E circulant. En effet lorsque la vitamine E est fortement sollicitée en tant qu'antioxydant par un régime riche en graisses insaturées, elle se dégrade plus facilement et le niveau plasmatique peut diminuer très sensiblement (voir réf.). Ce type de donnée donne à penser que la complémentation en vitamine E pourrait se révéler très intéressante dans le cas des régimes méditerranéens aménagés riche en graisse insaturés provenant du poisson ou d'huiles végétales.

Ce phénomène de protection contre l'oxydation existe au niveau des lipoprotéines (système de transport du cholestérol et des corps gras). Dans les membranes cellulaires la vitamine E s'intègre dans des systèmes antioxydants encore plus complexe. Le noyau chromanol (la tête) de la vitamine E réagit avec le radical peroxyle (un oxydant), en générant un hydroperoxyde, qui sera inactivé par des enzymes spécifiques en particulier la glutathion peroxydase qui contient du sélénium, et un radical tocophéryle qui sera régénéré par d'autres antioxydants hydro ou liposolubles comme l'acide ascorbique (vitamine C), le coenzyme Q10 également appelée ubiquinone, l'acide alpha-lipoïque, le bêta-carotène ... En fait l'ensemble de ces antioxydants sont aptes à se régénérer mutuellement de façon interactive, en fonction des besoins. La vitamine E peut aussi être convertie irréversiblement en tocophérylquinone si elle n'est pas régénérée. L'action antioxydante de la vitamine E est extrêmement efficace et l'on estime qu'une molécule d'alpha-tocophérol peut inhiber la peroxydation de 1000 molécules d'acides gras polyinsaturés et il y aurait en moyenne dans la membrane une molécule de vitamine E pour 500 molécules d'acide gras.

Les membranes cellulaires sont constituées d'une double couche de phospholipides. Les phospholipides sont des structures composites composées d'une tête phosphate hydrophile et d'une queue lipidique hydrophobe (imperméable à l'eau). La partie hydrophile des deux couches de phospholipides et tournée vers le milieu plasmatique et vers le cytosol intracellulaire, riches en eau, et la partie lipidique hydrophobe est tournée vers l'intérieur où les queues lipidiques des deux couches se font face. (voir schéma en lien). Ce système auquel s'ajoute d'autres éléments structurels fait de la membrane une structure semi-perméable, ce qui permet notamment de maintenir des gradients de concentration très différents entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule.

On trouve de la vitamine E dans les deux couches, internes et externes de la membrane, ainsi que dans d'autres sous-structures membranaires de la cellule comme les mitochondries, où elle a notamment un rôle antioxydant et de structure. La longueur de la molécule de la vitamine E fait qu'elle s'insère très bien dans les couches membranaires. Lorsque la vitamine E a été oxydée en radical tocophéryl, la "tête" de la molécule peut rencontrer, au contact avec le milieu extra membranaire hydrophyle vers lequel elle est tournée, une molécule de vitamine C, ou un autre agent réducteur, qui va la recycler (phénomène d'oxydoréduction) en lui cédant un électron. La vitamine C oxydée peut à son tour prendre un électron à l'acide lipoïque ou au glutathion pour se régénérer. Le glutathion peut aussi être réduit pour redevenir un antioxydant par l'enzyme glutathion-réductase. Tout ce système est alimenté en énergie par la création d'ATP lors de l'oxydation du glucose dans les mitochondries.

Une fois oxydée, la vitamine E ne constitue pas un agent oxydant agressif pour son environnement et elle est d'une remarquable stabilité structurelle, ce qui lui permet d'être "réduite" à nouveau (redevenir un antioxydant) assez facilement si elle se trouve dans un milieu réducteur favorable. A noter que les formes triénol de la vitamine E sont plus mobiles dans la membrane que les formes phérol car les doubles liaisons de leur queue phytil rendent celle-ci plus courte (plus repliée). Elles agiraient plus rapidement comme antioxydant et seraient également recyclées plus vite après leur oxydation. Revers de la médaille, leur mobilité ferait qu'elles seraient éjectées plus facilement des membranes cellulaires.

Il faut enfin savoir que les différentes formes de vitamine E ne neutralisent pas les mêmes agents d'oxydation. En particulier, le gamma-tocophérol neutralise très efficacement le peroxynitrite et le dioxide de nitrogène qui sont des oxydants et des carcinogènes, ce qui n'est pas le cas de l'alpha-tocophérol. C'est une des raisons pour lesquelles on considère désormais le gamma-tocophérol comme un antioxydant très important ayant un effet favorable dans de nombreuses pathologies.

La vitamine E fait partie des antioxydants qui ont pu prolonger la durée de vie des animaux de laboratoire. Les expériences les mieux conçues sont celles de Porta et al. sur des rats Wistar. La vitamine E ne rallongeait la vie des rats que si elle était ajoutée au régime ayant une forte teneur en corps gras insaturés. Leur durée de vie moyenne était alors augmentée d'environ 9%. Des résultats in vitro allant dans le même sens montrent que la limite de Hayflick (nombre maximum de division avant la mort d'un type de cellule est augmentée de façon importante en présence de vitamine E (4). Ces essais déjà un peu anciens ont probablement été effectué avec de l'alpha-tocophérol ou de la vitamine E de synthèse et aurait été sans doute été amélioré par l'utilisation conjointe des autres formes de tocophérol.

Les formes tocotriénols sont également des agents antioxydants très puissants. Dans les essais réalisés sur le vers C. elegans (Caenorhabditis elegans) un modèle animal très utilisé, la durée de vie des animaux a pu être prolongée de 19%. Les protéines du vers était notamment protégées de l'oxydation (carbonylation), phénomène étroitement lié au vieillissement.

Ces données confirment l'intérêt d'avoir des apports dans les différentes formes de vitamine E.

Les vitamines E tocotriénols comme neuro-protecteurs en cas d'attaque cérébrale

Nous allons maintenant examiner l'effet probable des formes tocotriénols sur les attaques cérébrales qui est une cause de décès et d'invalidité grave particulièrement fréquent. Des chercheurs de l'Université d'Etat de l'Ohio travaillent depuis une dizaine d'année sur les propriétés neuroprotectrices de la vitamine E sous ses formes tocotriénols (sur les 8 formes, voir ci-dessus, un peu de chimie). Ils ont récemment élucidé les mécanismes biochimiques sous-jacents à cet effet neuroprotecteur et leurs recherches devraient être publiées dans un prochain numéro du Journal of Neurochemistry. On peut prendre déjà connaissance du résumé de leurs travaux sur le site de l'Université, "Study reveals how one form of natural vitamin E protects brain after stroke".

Dans la section "Transport et stockage organique" nous évoquions les bouleversements des connaissances concernant la capacité des différents organes et tissus à stocker les différentes formes de la vitamine E. Chandan Sen et ses collègues font partie de ceux qui ont contribué à réactualiser les connaissances dans ce domaine et à montrer l'affinité des tocotriénols pour le cerveau.

Leur découverte la plus récente porte sur la capacité des tocotriénols à inhiber un système enzymatique dont on sait déjà qu'il est à l'origine d'une cascade d'effets pathologiques qui aggravent considérablement les effets destructeurs de l'attaque cérébrale : (ma traduction de l'anglais) "Cette enzyme s'appelle la cystolic calcium-dependent phospholipase A2, ou cPLA2 ."[G.S. : lien français wikipedia vers les différentes formes de cette enzyme : Phospholipase] "A la suite du traumatisme du blocage de la circulation sanguine associé avec une attaque, une quantité excessive de glutamate est libéré dans le cerveau. Le glutamate est un neurotrasmetteur qui, en très petite quantité, joue des rôles importants dans l'apprentissage et la mémoire. Mais un niveau excessif de glutamate déclenche une séquence de réactions qui conduisent à la mort des cellules nerveuses, les neurones – ce qui constitue l'effet le plus dévastateur de l'attaque.
Sen et ses collègues ont utilisé des cellules de la région de l'hippocampe de souris en phase de croissance pour l'étude. Ils ont introduit un excès de glutamate dans les cellules pour mimer l'environnement du cerveau après une attaque.
Avec la présence de cet excès de glutamate l'enzyme cPLA2 libère un acide gras appelé l'acide arachidonique dans le cerveau. Dans des conditions normales cet acide gras est stocké dans des lipides qui aident à maintenir la stabilité de la membrane cellulaire.
Mais lorsqu'il est libéré en abondance, l'acide arachidonique subit une réaction chimique enzymatique qui le rend toxique – c'est l'étape finale avant que les cellules ne soient empoisonnées dans cet environnement et commencent à mourir. L'activation de l'enzyme cPLA2 est nécessaire pour libérer le dangereux acide gras en réponse aux effets délétère de ces niveaux trop élevés de glutamate."

Les lecteurs qui lisent régulièrement les billets de Gestion Santé se trouveront en terrain connu car nous avons déjà traité ce sujet le 7 février 2006 dans notre billet "Lipides efficaces contre l'inflammation et les troubles ostéoarthritique : omega 3 (EPA/DHA), Celadrin et lyprinol". Nous écrivions que "l'inflammation a une action destructrice propre et il faut absolument la prendre en compte et la traiter si elle est présente ce qui est presque toujours le cas. Or l'inflammation passe par des dérivés des lipides. Comme l'explique cet article de Nutranews (qui traite du Celadrin mais s'applique au problème en général) "Au cours d'une réaction inflammatoire, les phospholipides membranaires sont dégradés en acides arachidoniques sous l'action de la phospholipase A2. L'acide arachidonique va ensuite donner naissance, sous l'action de la lipo-oxygénase, à des leucotriènes et, sous celle de la cyclo-oxygénase, à des prostaglandines. Ces dernières augmentent la perméabilité capillaire et potentialisent la réponse aux autres médiateurs de l'inflammation, jouant ainsi un rôle clé dans le processus inflammatoire." Parmi des dérivés figurent les eicosanoïdes et les cytokines."

Une page plus récentre de Nutranews complète l'explication biochimique de ce phénomène, "Réduire l’inflammation pour diminuer les risques de maladies".

Mais l'intérêt des tocotriénols c'est qu'ils agissent bien avant qu'entrent en scène les enzymes cyclooxygénase COX (COX-1 et COX-2) qui manufacturent les dangereux eicosanoïdes à partir de l'acide arachidonique. Ce sont ces dérivés qui sont extrêmement toxique et pas l'acide arachidonique per se, comme pourrait le donner à penser une lecture trop rapide de l'article anglais. Ce qui est donc fondamental c'est que les tocotriénols controlent directement en amont la surexpression de l'enzyme cPLA2 qui manufacture acide arachidonique. C'est ce que montre le résultat des recherches précitées :

"Sen et ses collègues ont introduit la vitamine E tocotriénol (TCT) dans les cellules qui avaient déjà été exposées à un excès de glutamate. La présence de la vitamine diminua la libération d'acide gras de 60% comparé aux cellules exposées au seul glutamate.
Les cellules nerveuses exposées à un excès de glutamate se comportèrent aussi beaucoup mieux, comparées à celles exposées seulement aux effets toxiques du glutamate. Les cellules traitées au TCT avait près de quatre fois plus de chance de survivre que celle exposées seulement au glutamate."

Par ailleurs les chercheurs ont montré que cette inhibition de l'enzyme cPLA2 est absolument sans danger et que les doses de tocotriénols nécessaires pour obtenir cet effet sont faibles et sensiblement inférieures aux apports usuels des personnes qui dans certains pays du Sud consomment des huiles riches en tocotriénols (le plus souvent de l'huile de palme). Il est donc probablement facile d'obtenir les effets protecteurs décrits avec un supplément modérément dosé en toctriénols. Mais même si l'utilisation des formes tocotriénols de la vitamine E progresse régulièrement chez les personnes utilisant des suppléments, son usage est encore limité et c'est une des raisons pour lesquelles nous avions écrit notre page sur la vitamine E dès 2002.

Voici donc des résultats intéressants et prometteurs d'autant que l'excès de glutamate outre son action lors des attaques cérébrales peut agir de façon néfaste sur les cellules nerveuses en bien d'autres occasions (le glutamate joue un rôle clé dans l'excitotoxicité qui elle-même jouerait un rôle important dans de nombreuses pathologies neurodégénératives).

Ces recherches ont été précisées et confirmées par des recherches menées par le Dr. Cameron Rink de l'Ohio State University qui a montré sur des modèles animaux qu'une complémentation en tocotriénols, pendant dix semaines, "semble stimuler l'artériogenèse c'est-à-dire le remodelage des vaisseaux sanguins existants qui peuvent se dilater instantanément en réponse à une demande de sang riche en oxygène. Cette circulation sanguine collatérale peut faire une grande différence dans les suites d'un accident vasculaire cérébral". Le produit utilisé est un simple extrait d'huile de palme, très riche en les 4 formes principales formes de tocotriénols. Le Dr Rink estime que les tocotriénols, compte tenu du dosage modeste efficace (apparemment de l'ordre de 50mg), pourraient consituer un important outil de prévention via la complémentation, pour limiter les effets souvent dramatiquers des AVC. Lire notre section dédiée pour plus de précisions sur les produits disponibles sur le marché.

On pourra utiliser en synergie les approches complémentaires pour lutter contre l'inflammation comme les apports équilibrés en acides gras omega-3 et en omega-7 et le recours à d'autres suppléments, notamment ceux décrits dans notre billet "Nouveauté produit pour la protection mitochondriale : la PQQ (pyrroloquinoline quinone) - stratégie de protection mitochondriale avec des produits complémentaires".

Protection contre le vieillissement neurologique : Alzheimer et déclin cognitif

L'étude de 2012 “Tocopherols and tocotrienols plasma levels are associated with cognitive impairment” a étudié le statut dans le plasma des 8 formes de vitamine E dans 3 groupes, des personnes ayant la maladie d'Alzheimer, des personnes atteintes de déclin cognitif et des personnes en bonne santé cérébrale. Les personnes des groupes alzheimer et déclin cognitif avaient des niveaux nettement plus faibles des formes tocopherol et encore plus marqué pour les tocotrienol.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'équipe qui a mené ces recherches était quasiment la première à s'intéresser aux 8 formes de vitamine E et pas seulement l'alpha-tocopherol. Quand aux études d'intervention elles se sont contentées d'étudier l'effet du seul alpha-tocopherol quand ce n'est pas celui du tocopherol synthétique.

Ces études mériteraient d'être menées sur des groupes plus importants et sur la durée, mais elles sont déjà largement prometteuse.

Il convient toutefois de rappeler que dans ce domaine les produits de complémentation agissent en synergie et que par exemple les vitamines B jouent un rôle clé dans le vieillissement, en particulier la vitamine B12. Dans un article récent, "Vitamines B, baisse du taux d'homocystéine et protection contre le déclin neurologique et l'Alzheimer", nous avons détaillé les effets protecteurs majeurs d'un cocktail de vitamines B6, B9 et B12 sur l'évolution de l'Alzheimer.

En janvier 2014 une étude portant sur 4 groupes, la vitamine E alpha tocopherol seule à 2000UI/j, la vitamine E + mémantine, la mémantine seule et un groupe placebo a montré que la vitamine E (mais pas vit E + memantine ou la méamntine seule) résuisait la vitesse moyenne du déclin neurologique de 19% dans le formes débutantes et modérées de la maladie d'Alzheimer. Gestion Santé suggère que les mêmes dosages de vitamine E apportant la vitamine E sous la forme de ces 8 isomères naturels pourrait probablement améliorer sensiblement ces résultats déjà très intéressants.

Des recherches animales (relatées par sciencedaily) sur une le poisson zèbre, montrent qu’une alimentation déficiente en vitamine E crée une déficience en DHA-PC, un composant important de la membrane cellulaire des neurones. Un bas taux de ce composant est considéré comme un facteur de risque pour la maladie d’Alzheimer. La même étude montre qu’un composant nutritionnel appelé lyso PLs qui permet de faire rentrer le DHA (acide gras omega 3) dans le cerveau est fortement diminué en cas de carence en vitamine E. Compte tenu de ce que la population générale est massivement déficitaire en apport adéquats en vitamine E d’origine alimentaire, pour ceux qui ne se supplémentent pas en vitamine E, ces résultats donnent à penser que les taux de DHA-PC et de lyso PLs n’y sont probablement pas optimum pour maintenir une bonne santé neurologique. Cette étude montre aussi que la prise d’omega 3, soit via l’alimentation générale, soit via des compléments doit être accompagnée de niveaux adéquats de vitamine E pour une efficacité neurologique optimum.

Compte tenu de l'effet très probable d'autres nutriments (muntivitamines B, vitamines D et C, magnésium, curcuma, thé vert, omega3 DHA, choline,...), en prévention, la maladie d'Alzheimer apparaît de plus en plus comme une maladie qui devrait être prévenue par la médecine orthomoléculaire

Protection cardio-vasculaire

Signalons d'abord que dans le domaine cardio-vasculaire, la mise en place d'un régime crétois aménagé est la priorité et permet notamment une bonne répartition des apports en différents corps gras. Les acides gras oméga-3 sont un facteur protecteur de la santé très important et doivent équilibrer les apports en oméga-6 qui sont beaucoup trop importants en proportion dans l'alimentation occidentale. On les trouve en particulier dans les poisson gras (avec en sus deux acides gras très importants le DHA et l'EPA), l'huile de colza et les graines de lin.

Rappel : Gestion Santé recommande à ceux qui souhaitent prendre des compléments d'omega 3 d'huile de poisson les formes stabilisées sur triglycérides qui sont très résistants à l'oxydation. Ce n'est pas de loin la formulation la plus courante en complémentation. On les trouve chez Nutrimuscle ou chez les fournisseurs américains sous la marque Nordic Naturals, Ultimate Omega.

L'huile d'olive est aussi très importante par son action antiinflammatoire mais n'est pas une bonne source d'oméga-3. Pour une étude plus détaillée voir la rubrique "Le problème des régimes" dans notre page sur les statines. Ceci étant dit, comme nous l'indiquions plus haut, plus le régime apporte des acides gras insaturés, plus il faut recevoir de la vitamine E pour, d'une part, les protéger de l'oxydation et, d'autre part, pour préserver le niveau de la vitamine E circulant.

Par ailleurs, ce n'est pas seulement la vitamine E qu'il est important d'absorber, mais tout un ensemble d'antioxydants ou de précurseurs de ceux-ci qui agissent de façon synergique, car ils se recyclent mutuellement. Il s'agit notamment, mais pas exclusivement, de la vitamine C, de la vitamine E, des folates (vitamine B9), du ß-carotene, du coenzyme Q10, des bioflavonoides et du sélénium. La page "Antioxidant Vitamins and the Prevention of Coronary Heart Disease" de l'American Academy of Family Physicians propose une synthèse intéressante de certaines des études menées sur le sujet.

En tout cas, pour les chercheurs, la vitamine E protège les artères de l'artériosclérose par un processus antioxydant portant sur le cholestérol LDL transporté dans les lipoprotéines. On pense que les macrophages (cellules éboueurs) joueraient un rôle très important dans ce phénomène lorsqu'ils absorbent du LDL oxydé (Voir "L'athérosclérose et les facteurs de risque" du site LIPIMED qui explique très clairement ce phénomène). Lorsque les graisses des LDL sont oxydées, elles s'avèrent toxiques pour les macrophages, dont le comportement anormal et dégénératif serait une des principales causes de l'athérosclérose. Ceci explique pourquoi plus de la moitié des patients porteurs d'artériosclérose n'ont pas un taux de cholestérol trop élevé. C'est que leur cholestérol, bien que restant à un taux bas, s'oxyde facilement.

On estime généralement d'après les études épidémiologiques que la vitamine E doit être prise à au moins 100 UI (de vitamine E naturelle) pendant un à deux ans pour apporter une protection significative dans le domaine cardio-vasculaire. Cette durée est nécessaire pour obtenir une hausse importante du taux de vitamine E dans l'ensemble des cellules de l'organisme.

En France et au niveau international, l'utilité de la vitamine E en prévention primaire de l'accident coronarien est à nouveau contestée par l'establishment médical. L'AFSSAPS (agence du médicament) considère par exemple, dans son argumentaire de référence sur la prise en charge du patient dyslipidémique que rien ne justifie l'utilisation de la vitamine E dans cette indication. Le contenu de ce document de l'AFSSAPS est d'une affligeante médiocrité (Cf. notre page sur les statines), néanmoins, en ce qui concerne la vitamine E, la position de l'agence s'appuie sur des arguments solides, deux grands essais récents de prévention, GISSI et HOPE, dont les résultats sont décevants en ce qui concerne la prévention des maladies coronariennes par la vitamine E, chez des patients à risque élevé.

D'une façon générale on constate une discordance très importante entre d'une part les études pharmaco-biologiques in vitro et in vivo sur les effets antioxydant de la vitamine E, confortées par les études épidémiologiques qui mesurent sur une longue période les apports en antioxydants, y compris avec complémentation, et d'autre part les études de prévention et de traitement qui sont souvent décevantes sur des malades ou des personnes à haut risque coronarien. En ce qui concerne les études épidémiologiques, il faut au moins citer la très importante étude Monica, patronnée par l'OMS, qui montre une impressionnante corrélation entre les taux plasmatiques de vitamine E et la mortalité coronarienne dans les principaux pays européens (4b). Mais il ne faut pas oublier que cette corrélation est probablement le reflet, chez les personnes testées ayant un taux élevé de vitamine E, le résultat cumulé de dizaines d'années d'une alimentation équilibrée riche en vitamine E...

A propos des études réalisées sur les malades coronariens, il est certes très important de tester un produit isolément pour en déterminer plus précisément les effets sur l'homme. Mais il est tout à fait anormal de ne pas faire également des étude avec des agents complémentaires lorsque l'on sait de très longue date qu'ils agissent en étroite synergie. C'est le cas notamment de la vitamine E et C, du béta-carotène et du minéral sélénium (liste non exhaustive). Un apport important en vitamine C serait en particulier fondamental car il permet de recycler la vitamine E oxydée et corrige un des problèmes des malades coronariens qui est que leur milieu vital est probablement très oxydé, et qu'ils ne peuvent de ce fait utiliser correctement la vitamine E qu'apporte la supplémentation. Les antioxydants étant inclus dans des systèmes complexes où ils se recyclent les uns les autres, l'apport isolé de certains antioxydants qui ont un fort besoin d'être recyclés fait qu'ils deviennent inefficaces, voire nuisibles dans certains cas. En particulier il faut apporter simultanément des antioxydants lipotropes (vitamine E, carotènes...) et hydrophiles comme la vitamine C.

Par ailleurs, mais il s'agit d'études plus récentes, tous les spécialistes sont désormais convaincus qu'il faut utiliser les différentes formes de vitamine E en complémentation, et en particulier apporter une part importante de gamma-tocophérol qui neutralise plus d'espèces oxydantes que l'alpha. Ce dernier point semble confirmé par une étude qui a trouvé un lien étroit entre la concentration de gamma-tocophérol et le risque d’infarctus du myocarde, mais pas avec l'alpha-tocophérol (5). A noter que cette étude n'était pas une étude de traitement, mais qu'elle mesurait le statut plasmatique de vitamines en corrélation avec le risque d'infarctus. Des études prometteuses utilisant les formes tocotriénols ont également été effectuées dans le domaine cardio-vasculaire.

Selon une étude publiée en juillet 2012, rapportée par le Life Extension Magazine, le glucose des repas produit une "montée de glycémie après les repas qui déclenche à son tour une augmentation des concentrations de méthyl-glyoxal, un sous-produit biologiquement nuisible du métabolisme du glucose dont l'effet est augmenté par le stress oxydant." Dans l'étude en question, "Ceux complémentés en gamma-tocophérol ... avaient [par rapport au groupe placebo] complètement éliminés la montée du méthyl-glyoxal, tandis que les marqueurs de la capacité antioxydante totale étaient considérablement augmentés." La complémentation provoquait une augmentation marquée du métabolite gamma-CEHC qui protégeait après le repas l'oxyde nitrique de l'altération induite par le glucose et permettait de maintenir la fonction endothéliale (La fonction endothéliale participe à l’homéostasie circulatoire en modulant l’hémostase, l’inflammation, la croissance et la prolifération cellulaire ainsi que le tonus vasculaire - source). Une autre étude de 2013 a montré que la complémentation en d'un mélange de tocopherol riche en gamma-tocophérol chez des hommes en bonne santé avant la prise d'une charge de glucose à jeun neutralisait totalement le dysfonctionnement habituellement constaté sur le tissu endothélial.

Gestion Santé a traité de façon approfondie du rôle de l'oxyde nitrique (ou monoxyde d'azote NO) qui est un gaz cellulaire (L'arginine et le monoxyde d'azote - Un fruit trés intéressant : La grenade (Punica granatum) - Les nitrites (ainsi que la L-arginine) et la vitamine C : probablement incontournables dans le sepsis).

Toutes ces données expliquent à mon sens l'échec de certains essais de traitement des maladies cardio-vasculaires par la vitamine E seule et les discordances précédemment évoquées.

Tous ces points plaident pour mettre l'accent sur des mesures hygiéno-diététiques accompagnées d'une complémentation au long cours avec des produits antioxydants agissant en synergie, dont les différentes formes de vitamine E naturelles. Nos propositions de complémentation en fin d'article tiennent compte de ces différents résultats.

La vitamine E et le cancer

Il semble utile d'aborder le cancer après les maladies cardio-vasculaires puisqu'il s'agit d'une des grandes pathologies pour lesquelles la vitamine E semble très intéressante.

On note des effets d'augmentation du risque cancéreux pour des apports faibles en vitamine E alimentaire et des effets protecteurs pour des apports normaux ou élevés résultant de la complémentation, ce dernier point demandant des investigations complémentaires.

L'effet protecteur de la vitamine E est maximum pour les cancers du poumon et du tube digestif. Elle serait forte pour le cancer du pancréas avec le delta-tocotriénol (chez l'animal). Elle est modérée pour les cancers cutanés. Elle est faible pour les cancers du sein et de la prostate.

Un effet particulièrement intéressant a été démontré pour les cancers de l'oesophage qui augmentent de façon massive dans le monde occidental depuis plusieurs années et qui sont fortement corrélés avec l'acidité et les reflux gastriques et la consommation de tabac et d'alcool. L'étude a consisté a reconstruire de façon détaillée les habitudes alimentaires de malades et à les comparer à celles de biens portants. Plusieurs vitamines dont la vitamine C et surtout la vitamine E étaient fortement protectrice de ces cancers, mais l'effet protecteur n'est sensible qu'à des apports qui se situent au dessus des apports journaliers conseillers (apports qui sont très difficiles à atteindre par l'alimentation seule). L'effet protecteur était obtenu avec plus de 100mg de vitamine C (réduction du risque de 66% !) et plus de 13mg de vitamine E (réduction du risque de 87% !) Rappelons que 90% de réduction veut dire pratiquement dix fois moins de cas ! C'est considérable, même si de telles petites études doivent quand même être interprétées avecprécaution, elles sont tout de même très significatives en terme de santé publique, mais sont malheureusement délibérément occultées par l'establishment.

On a découvert au cours des dernières années que pour la plupart des cancer, d'autres formes de vitamine E que le classique alpha-tocophérol pouvait avoir un effet protecteur important.

Pour le cancer de la prostate, une étude américaine a confirmé le caractère protecteur de la vitamine E sur ces cancers, mais montré que la forme alpha-tocophérol utilisée jusque là n'était pas la plus efficace. Cette nouvelle étude souligne une fois de plus l’importance d’un autre type de vitamine E que l'alpha-tocopherol, le gamma-tocophérol.

Depuis 1989 jusqu'en 1996, plus de 10 000 habitants de l’état du Maryland ont été suivis (6). Par la suite, 117 des participants ont développé un cancer de la prostate. La composition de leur sang a été comparée à celle de personnes en bonne santé.

Les personnes dont le taux de gamma-tocophérol se situait dans le quintil le plus élevé avait un risque de cancer de la prostate divisé par 5 par rapport à ceux du quintil le plus bas ! Celles dont les taux d’alpha-tocophérol et de sélénium étaient élevés avaient également un risque réduit, mais celui-ci n’était statistiquement significatif que lorsque les concentrations de gamma-tocophérol étaient élevées. Autrement dit l'alpha-tocophérol et le sélénium n'avaient un effet protecteur qu'en présence d'une quantité suffisante de gamma-tocophérol.

Actuellement, les spécialistes s'interrogent pour savoir si une complémentation uniquement à base d'alpha-tocophérol provoque ou non dans l'organisme une baisse du gamma-tocophérol apporté par voie alimentaire, compte tenu des mécanismes préférentiels de transport pour l'alpha-tocophérol. On n'a pas de certitude sur ce point, mais tous les spécialistes s'accordent à dire que les compléments nutritionnels de vitamine E doivent comprendre un spectre aussi complet que possible des différentes formes de vitamine E naturelle.

Outre le gamma-tocophérol, l'intérêt des scientifiques s'est tourné plus récemment sur les effets anticancéreux des formes tocotriénols de la vitamine E. Ce sont les formes gamma et delta des tocotriénols qui se sont montrées, dans les études in vitro, très actives sur des cellules de cancer du sein, que celles-ci soient sensibles ou pas aux oestrogènes (hormones qui stimulent le développement cancéreux et que l'on inhibe par un traitement spécifique quand c'est le cas). Le delta-tocotrienol est le plus efficace pour induire l'aptose (mort cellulaire programmée) des cellules cancéreuses. A noter que le delta-tocopherol est la seule forme de tocophérol à pouvoir aussi induire une aptose des cellules cancéreuses, mais à des doses dix fois supérieures à la forme tocotriénol (LEF Magazine Mai 2002).

Selon le Life Extension Magazine d'août 2014, "des chercheurs ont découvert que les tocotriénols [Gestion Santé : ils ont  utilisé la forme delta déjà connue pour être la plus efficace contre les cancers] apportés à des souris ayant un cancer du pancréas augmentait significativement leur survie. (...) Le cancer du pancréas est une forme mortelle de cancer, d'évolution particulièremenr rapide, et cette étude présente une forme prometteuse de nouveau traitement." Cette étude de 2013 "montrait qu'après 16 semaines de traitement, seulement 10% des souris du groupe placebo étaiet encore en vie, alors que 30% avaient survécues dans le groupe traité avec du gemcitabine, le médicament de chimiothérapie de référence. Toutefois, un taux remarquable de 70% de souris avaient survécu dans le groupe tocotriénol. Le traitement combinant  gemcitabine et tocotriénols permettait d'atteindre un taux de survie remarquable de 90%" [Lien vers l'étude]
Gestion Santé a évoqué d'autres pistes protectrices concernant le cancer du pancréas et présenté cette très grave forme de cancer dans le billet "Oligoéléments protecteurs ou promoteurs du cancer pancréatique : Une étude intéressante mais à vérifier par d'autres études..." S'agissant d'un cancer dont le risque augmente fortement avec le vieillissement, il est essentiel d'explorer les pistes préventives dans ce domaine. 

L'article du Life Extension Magazine que nous venons d'évoquer comporte aussi des détails intéressants sur les multiples mécanismes d'action des delta-toctriénols sur le cancer. 

Toutes ces études plaident à nouveau pour une complémentation par un large spectre de vitamine E naturelles, combinant les 8 formes naturelles. Pour la complémentation en vitamine E notamment avec les delta-tocotriénols, se reporter à la section "Prix et composition des compléments alimentaire de vitamine E".

Des effets divers et positifs sur l'état de santé

Il n'est pas question ici de passer en revue les innombrables maladies pour lesquelles un effet protecteur a été trouvé pour la vitamine E. Un petit tour d'horizon cependant sur divers effets protecteurs constatés.

Sur l'immunité, de récentes études ont montré qu'une supplémentation en vitamine E au-delà des doses recommandées améliore l'immunité, la reproduction et le renouvellement des lymphocytes et l'activité des cellules killer naturelles, en particulier chez la personne âgée. La complémentation augmente par exemple la qualité de la réaction immunitaire au vaccin contre la grippe qui est très mauvaise chez la personne âgée (7).

On constate une compensation des effets immunosuppresseurs du stress, peut-être à mettre en relation avec le taux élevé de vitamine E dans les glandes surrénales.

La vitamine E ralentit (comme d'autres vitamines et antioxydants) l'accumulation des dépots de lipofuscine un déchet intracellulaire qui augmente significativement avec le vieillissement.

Plusieurs études ont montré que le risque de cataracte est d'autant plus élevé que le taux plasmatique de vitamine E est faible. Des antioxydants comme la vitamine C et E ou le sélénium sont en effet présents en quantité particulièrement importante dans l'humeur aqueuse de l'oeil. Ces suppléments permettraient de diminuer significativement le risque de cataracte. Le nombre des cataractes (160 000 cas en France) et le coût qu'elles occasionnent à la collectivité pourraient être largement réduits.

Dans une petite étude sur l'hépatite B (P. Andreone et coll., Bologne), citée par le site POSITIF (bas de page), 32 personnes atteintes d'hépatite B chronique (dont le risque, dans les formes agressives, est d'évoluer, comme l'hépatite C, vers la cirrhose ou le cancer du foie) ; 23 d'entre elles avaient reçu antérieurement et sans succès un traitement classique par interféron-alpha. Quinze de ces personnes ont reçu 600 mg/jour de vitamine E pendant 3 mois. 15 mois après le début de l'essai, 47% des personnes ayant reçu de la vitamine E étaient considérées comme guéries alors que ce ne fut le cas d'aucune des personnes qui n'en avaient pas reçue. Ce résultat est intéressant et spectaculaire, mais des études complémentaires sur un plus grand nombre de personnes devront être effectuées pour confirmer et expliquer ce résultat. A noter cependant pour les malades intéressés que ce traitement doit être effectué sous surveillance médicale, car 4 des personnes traitées ont dû arrêter la prise de vitamine E au 2ème mois car les enzymes hépatiques avaient augmenté à plus de 10 fois la valeur normale.

Vitamine E et santé hépathique (stéatose hépathique)

Des études plus récentes semblent confirmer le lien entre vitamine E et santé hépathique.

Une nouvelle étude vient d'être menée sur la stéatose hépatique, avec des patients chez lesquels cette pathologie caractérisée par un excès de graisse dans le foie n'était pas d'origine alcoolique et qui n'étaient pas diabétiques. L'étude avait 3 bras, 800UI d'alpha-tocophérol d'origine naturelle, placebo ou antidiabétique Actos (molécule pioglitazone) connu pour être selon la revue Prescrire d'une efficacité particulièrement médiocre et qui n'a pas démenti sa réputation en ne faisant guère mieux que le placebo et en entrainant une prise de poids moyenne de 4,5kg persistant après la fin de l'étude !

Par contre la vitamine E a eu un effet statistiquement valide sur un agrégat de paramétres, décrits dans cet article, d'amélioration de la pathologie (rétention de lipides, inflammation et dégénescence du foie). Malheureusement la réponse thérapeutique ne s'est pas manifestée chez tous les patients. Ce traitement encore expérimental devrait être mené sous surveillance médicale pour surveiller les éventuels effets secondaires et l'efficacité. Pour consulter l'étude : Pioglitazone, Vitamin E, or Placebo for Nonalcoholic Steatohepatitis

Une synthèse récente (lire sciencedaily), présentée à un congrès d'hépathologie, des études sur la vitamine E dans la stéatose hépatique (non alcoolique), montre que la vitamine E a une efficacité comparable aux autres traitements de référence (pioglitazone, metformin and obeticholic acid) avec des effets positifs tant sur la qualité des tissus hépathiques que sur la guérison de la pathologie. Il n'y a pas eu d'effet néfaste du traitement sur les évènements cardiovasculaires ou sur le profil lipidique.

Compte tenu de ce résultat et d'autres études intéressantes (par exemple sur la vitamine D), il serait utile d'encourager l'évaluation de combinaisons de vitamines et de nutriments dans les pathologies hépathiques.

En ce qui concerne la vitamine E, et la stéaose hépathique, il serait intéressant d'étudier une complémentation avec les différents isomères naturels de la vitamine E, les 8 formes ayant des propriétés antioxydantes différentes ce qui pourrait encore améliorer la réaction thérapeutique.


Stratégies de complémentation en vitamine E

Gestion Santé va s'efforcer de vous conseiller sur les meilleurs rapports prix produits. Si nous citons des marques ou des distributeurs, c'est en toute indépendance et uniquement parce qu'ils nous semblent faire référence au moment où nous écrivons (cette section est régulièrement actualisée). Il ne s'agit que d'un avis personnel au vu de mes connaissances du moment et le lecteur peut préférer d'autres produits ou distributeurs pour des raisons de coût ou de qualité ou pour des facilités d'accès au produit.

Nous nous référerons, ici et ailleurs sur Gestion Santé, et à titre indicatif, aux meilleurs prix et produits américains (voir nos conseils d'achat des compléments aux meilleurs prix).

Nous allons envisager plusieurs situations de complémentation : d'une part celle de la personne souhaitant prendre un complément de vitamine E isolément, avec une stratégie "économique" et "avancée" (dans tous les cas avec Gestion Santé le critère économique reste au premier plan) et d'autre part celle de la personne qui a déjà de la vitamine E dans un multisupplément et qui souhaite avoir un niveau optimisé des 8 formes de vitamines E, sachant que les ratios des formes de vitamine E des multisuppléments actuels, même haut de gamme ne sont pas optimum. Cette version de nos conseils, reformulée à l'été 2014 vise plus particulièrement à optimser les niveaux de delta-tocotriénol, la fraction la plus utile des 4 formes de tocotriénols.

Commençons par ce que nous considérons comme "l'erreur du débutant", une stratégie obsolète que nous déconseillons absolument :

L'alpha-tocophérol sans autre forme de vitamine E est un produit peu coûteux. Toutefois, ainsi que nous l'avons expliqué longuement dans ce qui précède, nous déconseillons ce produit qui ne contient pas les autres formes de vitamine E naturelles et qui risque de bloquer l'assimilation de celles qui se trouvent dans l'alimentation.

Statégie "économique" pour prendre un supplément de vitamine E si on n'a pas de vitamine E dans les suppléments que l'on utilise :

Les prix des formes combinées de tocophérol appelées en général "mixed tocopherols" constituées d'un assemblage des 4 tocopherols ont régulièrement baissés sur le marché ces dernières années. Cela illustre de façon remarquable la réactivité du marché des compléments alimenatires par rapport aux données les plus récentes de l'actualité scientifique.

Notre produit préféré est le Jarrow Formulas, FamilE, 60 Softgels pour environ 17€, très bien formulé car outre les 4 tocopherol, il apporte aussi un dosage relativement élevé en tocotriénol (38mg) et apporte donc les 8 formes de vitamine E en un seul produit relativement bon marché.

Stratégie "avancée" avec des niveaux plus élevés de toctriénols :

Dans cette stratégie on cherche à obtenir des taux optimums de tocotriénols, soit des dosages >= à 50mg en se centrant sur la teneur en delta-tocotrienol du fait que parmi les 4 formes de tocotriénols c'est celle qui a les effets anticancéreux les plus importants et celle qui possède - probablement - tous les autres effets bénéfiques des 4 tocotriénols.

50mg est le dosage que je définis un peu arbitrairement comme une limite inférieure de dosage efficace. Mais si un jour les prix de ces produits baissaient sensiblement, je conseillerai probablement de viser 100mg. On va voir que avec cette dernière version de mes conseils de complémentation, on s'en approche.

Les compléments en tocotriénols sont nettement plus chers que les formes tocophérols (avec des doses qui sont sensiblement plus faibles), mais, au vu des effets anti-cancéreux et neuro-protecteurs spécifiques de ces formes, il semble important de les intégrer dans une complémentation bien construite. Souvent les produits sont dosés à 50mg, ce qui est probablement suffisant pour commencer à bénéficier des effets neuro-protecteurs ainsi que des effets protecteurs vis à vis du cancer, mais probablement pas de façon optimum à ces doses. Mais le critère décisif dans ce domaine est la proportion de delta-tocotrienol dans l'apport total des 4 formes de tocotriénol du complément.

Rappelons concernant les critères de choix qu'on trouve principalement des extraits d'huile de riz, d'huile de palme et d'annatto. Il faut préférer sans hésiter les extraits fabriqués avec l'huile de palme à ceux fabriqués avec l'huile de riz car la proportion des différents tocotriénols de l'huile de palme est plus favorable en composés utiles (delta-tocotrienol). Toutefois la proportion de delta-tocotriénol de l'huile de palme n'est pas optimum si l'on souhaite bénéficier d'un effet anticancéreux vraiment significatif.

C'est pourquoi, suite aux dernière recherches sur les effets favorables des formes delta-toctriénols je conseille maintenant à tous ceux qui vient une complémentation "avancée" de mettre de côté l'huile de palme et de se tourner vers les extrait d'annatto. En effet le tocomin , le produit leader de la vitamine E extraite d'huile de palme ne contient que 7mg de delta-tocotriénol pour 50mg de tocotrienol et un peu d'alpha-tocopherol, alors que les extraits d'annatto contiennent 90% de delta-tocotriénol et 10% de gamma-tocotrienol.

Le grand spécialiste de cette plante sud-américaine qu'est l'annatto et des tocotriénols en général est le Dr. Barrie Tan. Celui-ci a bénéficié d'une interview très complète mise en ligne en quatre parties (partie 1 - partie 2 - partie 3 - partie 4) du Dr Richard A. Passwater, dont le site fait partie des sites de référence conseillés par Gestion Santé.

Je vous propose donc d'utilser Nutricology, Delta-Fraction Tocotrienols, 125 mg, 90 Softgels à 36€ qui provient de l'annatto. Je conseille de prendre ce produit en alternance un jour sur deux avec le Jarrow Formulas, FamilE présenté précédemment. Cela vous assure des apports élevés dans les 8 formes de vitamine E avec un jour sur deux une saturation biologique avec la forme delta-tocotriénol grâce au produit de Nutricology. Cela vous assure en outre un apport journalier élevé > 80mg de tocotrienols avec la majeure partie sous forme de delta-tocotriénol, ce qui ne serait pas possible avec des extraits d'huile de palme.

La stratégie "économique" de complémentation en vitamine E que je propose consiste donc à prendre le Jarrow Formulas, FamilE tous les jours et la stratégie "avancée" au meilleur coût possible consiste à alterner Nutricology et FamilE (attention il existe deux dosage du Nutricology, Delta-Fraction Tocotrienols et c'est celui à 125mg, le plus élevé, que je vous conseille de prendre).

Nous avons vérifié la composition, la disponibilité et les prix des produits des fabricants américains au début 2017.

Pour ceux qui ont déjà des formes de vitamines E dans un multisupplément :

Un autre problème de complémentation se pose pour les utilisateurs de produits multivitamines et multiminéraux "tout en un" qui contiennent de la vitamine E. Ces produits sont très pratiques, mais le problème avec ces produits, c'est qu'il proposent souvent uniquement de l'alpha-tocophérol. On trouve toutefois de plus en plus de multicompléments dans le créneau des compléments "hauts de gamme" qui proposent d'autres formes de vitamine E, en général des mixed tocopherols apportant les 3 autres tocopherols en plus de l'alpha-tocopherol.

Ainsi la Life Extension Foundation propose son produit leader multivitaminique, le Life Extension Mix, le LEM, (dont nous avons étudié la composition en détail), avec 100UI d'alpha-tocophérol et, depuis 2013, 60 mg de mixed tocopherols, mais pas de tocotriénols.

Dans ce cas je conseille d'utilise seuelement en complément 1 fois par jour le produit précité, Nutricology, Delta-Fraction Tocotrienols, 125 mg, 90 Softgels compte tenu de ce qu'il apporte le plus important et le plus efficace des 4 tocotrienols.

Nous avons vérifié la composition, la disponibilité et les prix des produits des fabricants américains à début 2017.

Articles à consulter pour aller plus loin (en anglais)

Plusieurs interviews du Dr Passwater que nous avons présenté dans notre sélections des meilleurs sites concernent la vitamine E :

Le site du Dr Richard A. Passwater (1ère partie)

(1) Bien sûr l'establishment français n'est pas de cet avis et l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) estime que rien ne justifie une telle complémentation en dehors du contexte thérapeutique et du suivi d'un médecin. La position est bien sûr identique pour tous les nutriments. Il s'agit, à partir d'arguments souvent spécieux, et en contradiction avec d'innombrables études de préventions, d'une volonté de blocage du libre accès aux compléments nutritionnels, qui est pourtant, selon nous, un droit essentiel du citoyen en matière de santé.

(2) Selon les résultats préliminaires de l'étude annoncés dans le magazine Belle-Santé de février 2002, p. 32-34. Cette importante étude, qui dispose de moyens d'investigation important, évalue la qualité nutritionnelle des produits issus de l'agriculture biologique avec des résultats spectaculairement en faveur de celle-ci.

(3) "Dietary intake of antioxidant nutrients and the risk of incident Alzheimer disease in a biracial community study." Morris MC, Evans DA, Bienias JL, Tangney CC, Bennett DA, Aggarwal N, Wilson RS, Scherr PA. Dans cette étude, seul l'apport alimentaire important en vitamine E (riche en gamma-tocophérol) diminue le risque et pas les compléments. La plupart des spécialistes de la complémentation estiment que cela provient de ce que, jusqu'à récemment, les compléments alimentaires contenaient uniquement la forme alpha-tocophérol.

(4) E.A.Porta, N.S.Joun and R.T.Nitta. Effects of the type of dietary fat at two levels of vitamin E in Wistar male rats during development and aging. I. Life span, serum biochemical parameters and pathological changes. Mechanisms of ageing and development, Vol. 13, 1980, p. 1-39.

Lester Packer and James R. Smith. Extension of the lifespan of cultured normal human diploid cells by vitamin E. Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol. 71, 1974, p. 4763-4767.

(4b) Résultats obtenus dans le cadre de l'étude Monica. K. F. Gey et coll., Am. J; Clin. Nutr., 53, 326S-34S, 1991. Les résultats montrent que la mortalité coronarienne est faiblement corrélée avec la cholestéromie totale et la pression artérielle diastolique alors qu'il existe une corrélation inverse très significative avec la concentration plasmatique d'alpha-tocophérol. L'action favorable de la vitamine E est renforcée par la vitamine C.

(5) Ruiz Rejo'n F : Plasma status of retinol, [alpha]- and [gamma]-tocopherols, and main carotenoids to first myocardial infarction: case control and follow-up study. Nutrition 2002, 18(1):26-31.

(6) Helzlsouer K : Association between alpha-tocopherol, gamma-tocopherol, selenium and prostate cancer. J Natl Cancer Inst 2000, 92(24) : 2018-2023.

(7) Les travaux de l'équipe de Jeffrey BLUMBERG (Boston, U.S.A) montrent que seulement 25% environ des personnes âgées vaccinées contre la grippe, bénéficient d'une protection (Sciences et Avenir de Novembre 1999). Mais ce pourcentage est multiplié par deux par la prise d'un complément quotidien de …vitamine E !

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Créé le7/10/02. Dernière modification le 14/08/14.