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Journal de bord d'Octobre 2011

La rubrique "Journal de bord" est le point d'entrée sous forme de billets de longueurs variées du site Gestion Santé depuis fin  2005.  Les billets sont éventuellement repris,  regroupés et actualisés sous forme d'article spécifique accessible depuis la page d'accueil lorsque le sujet le justifie. Comme pour les autres dossiers traités ailleurs sur le site j'espère pouvoir apporter des informations intéressantes et souvent difficilement accessibles au non spécialiste et tout cela d'une façon accessible et plaisante si possible ! Bonne lecture...

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Octobre :- 26/10/11 - Risque de cancer de la prostate - pas facile d'y voir clair !

26/10/11 - Risque de cancer de la prostate - pas facile d'y voir clair !

Ca bouge dans le monde de la médecine académique
Les résultats d'études de complémentation qui discréditeraient la complémentation
L'étude SELECT
SELECT et la vitamine E
SELECT et le Sélénium
Quels enseignements tirer de SELECT ?
Le réexamen de la
Prostate Cancer Prevention Trial
Composition des compléments et cancer de la prostate

Ca bouge dans le monde de la médecine académique

On parle beaucoup du cancer de la prostate en médecine traditionnelle et alternative ces temps-ci. Dans le domaine de la médecine académique, il y a de féroces controverses entre les urologues partisans de l'utilisation du dosage de l'antigène spécifique prostatique (PSA) via un dépistage systématique des hommes de plus de 50 ans et ceux qui pensent que l'efficacité n'est pas démontrée et que le dépistage est sans effet sur la mortalité finale par cancer de la prostate, tout en entrainant des traitements invalidants et inutiles  : Lire Prescrire de 2009, "PSA et dépistage des cancers localisés de la prostate". Au passage Prescrire note que le toucher rectal ne serait pas plus efficace que le PSA.

Pharmacritique résumait ainsi récemment la surmédication du cancer de la prostate "Il faudrait dire un mot de ce cercle vicieux qui commence avec le surdépistage du cancer de la prostate, le dosage du PSA qui entraîne des biopsies à risque de complications sévères, puis des résultats douteux entraînent des traitements par analogues agonistes GnRH pendant des années (avec ou sans prostatectomie, radiothérapie et d'autres), éventuellement avec un antiandrogène non stéroïdien de type Casodex, qui ont des effets secondaires au point que la littérature médicale anglo-saxonne en arrive à dire qu'ils tuent plus que le cancer..." (Pharmacritique)

On pourra lire enfin la page au vitriol du Formindep en réaction à la "Journée nationale de la prostate" de 2010 organisée par l’Association Française d’Urologie.

Ces polémiques s'inscrivent dans la remise en cause de la pertinence de certains dépistages de masse dont les modalités d'âge de déclenchement et de fréquence sont très discutées en ce moment (cas du dépistage du cancer du sein par exemple).

Cette autocritique de la médecine traditionnelle par elle-même s'est développée progressivement depuis seulement une dizaine d'année. C'est donc un phénomène encore très récent et fragile, qui cherche ses marques. Auparavant les mêmes faits auraient fait l'objet d'une désinformation massive à destination du corps médical et de la population. Toutefois, cette critique ne s'accompagne pas d'une réflexion constructive sur la place possible des médecines complémentaires. Bien au contraire, sans doute pour donner des gages de sérieux, les critiques internes à la médecine traditionnelle en rajoute souvent une couche en matière de simplisme et de mauvaise foi lorsqu'ils examinent les résultats des médecines complémentaires. Cela nous a d'ailleurs amené à écrire une page dédiée à ce phénomène, "Ces compléments alimentaires qui ne servent à rien - Les mises au point de Gestion Santé".

Les résultats d'études de complémentation qui discréditeraient la complémentation

La science de la nutrition étant complexe et souvent multifactorielle, il faut être prudent dans les analyses et bien mettre les données et les résultats en contexte. Nous allons le voir à propos de deux résultats d'études récentes qui ont été souvent citées pour invalider la pertinence de la complémentation nutritionnelle. Ces deux études concernent le risque de cancer de la prostate.

L'étude SELECT

Tout d'abord, on a eu récemment les résultats d'un deuxième examen des hommes suivis dans l'étude SELECT de prévention du cancer de la prostate, qui s'était terminée en 2008 (Selenium and Vitamin E Cancer Prevention Trial). Ce résultat a été présenté dans les médias français comme une nouvelle démonstration de l'inefficacité et même du danger des compléments. En effet dans le bras vitamine E seule où les personnes ont reçu 400 UI de vitamine E, on a constaté une augmentation du risque de cancer prostatique (25% de l'effectif recevait de la vitamine E, 25% vitamine E + selenium (Se) et 50% était sous placebo). En 2008 l'étude avait été interrompue plus tôt que prévue, car elle n'avait pas donné d'effet sur le cancer de la prostate, et avait même entraîné une légère augmentation, statistiquement non significative, du risque. Les patients ont donc été réexaminés après 3 ans sans traitement. Selon un compte rendu de cbsnews d'un ton plus modéré que ce qu'on pouvait lire en France, "Too much vitamin E tied to prostate cancer risk" :"Examinés trois ans plus tard, près de 150 hommes du groupe vitamine E ont été diagnostiqués comme ayant un cancer de la prostate, comparés à 113 dans le groupe placebo, ce qui laisse supposer que les suppléments de vitamine E entrainent une augmentation de 17% du risque de cancer de la prostate." (traduction Gestion Santé).

La nouvelle étude de 2011 montre un autre résultat intéressant sur le sous-groupe Se + vitamine E, par rapport au groupe vitamine E seule. Dans le groupe Se + vitamine E, l'augmentation très modeste du taux de cancer de la prostate est statistiquement non significative par rapport au groupe placebo. Seul le groupe vitamine E présente donc un surrisque.

SELECT a présenté un taux élevé d'abandon et des co-médications des patients qui ont pu interférer avec les analyses statistiques de la complémentation. Ce phénomène a pu s'accentuer depuis l'arrêt de la complémentation : le fait que l'on reprenne les résultats après 3 ans sans complémentation affaiblit fortement le lien de causalité. Mais nous allons surtout nous intéresser à la question de la nature de la vitamine E et du Se utilisés dans l'étude qui nous semblent les éléments les plus problématiques.

SELECT et la vitamine E

Il est important de savoir que SELECT a utilisé du all rac α-tocopheryl acetate. J’ai expliqué dans une section de ma page sur la vitamine E, en m'appuyant sur les explications des meilleures spécialistes internationaux de la vitamine E, que cette forme synthétique de vitamine E (obtenue en faisant réagir deux substances, la triméthylhydroquinone (TMHQ) et l'isophytol) ne contient que 12,5% de vitamine E (sous la forme d’α-tocopherol), le reste se présentant sous des formes chimiques présentant des anomalies spatiales lié au mode de fabrication par rapport aux formes naturelles (le mode de liaison entre le noyau et la queue phytyl de 7 des formes de la vitamine E de synthèse sont inconnus dans la nature). La complémentation a donc été effectuée à 87,5% avec un antioxydant synthétique d'une structure chimique proche de celle de la vitamine E, mais pas qui ne correspond à aucune des 8 formes chimiques de la vitamine E disponible à l'état naturel dans le monde végétal ou animal. Si les formes synthétiques de la vitamine E  miment dans une certaine mesure, mais avec moins d'efficacité, les activités antioxydantes de la vitamine E au niveau des membranes cellulaires, on ignore comment elles se comportent  pour ce qui concerne des fonctions plus délicates de signalisation cellulaire et de régulation des gènes par l'intermédiaire de la vitamine E qui se sont mises en place au travers de la durée longue de l'évolution en utilisant les formes naturelles.

De plus, les formes de vitamine E entrent en compétition pour accéder aux sites cellulaires et sont soumises à des mécanismes d'excrétion variés. La présence d’alpha tocopherol en excès et, bien plus encore, la prise d'une forme de vitamine E dont 87,5% du contenu n'a jamais existé à l'état naturel, comme c'est le cas pour SELECT limite l'action des autres formes de la vitamine E ayant un effet santé spécifique établi sur les tissus prostatiques. Malgré toutes ces données scientifiques, la forme synthétique de vitamine E  reste encore utilisée par tradition, sans aucune justification scientifique, et tient avant tout à l'inculture extraordinaire en matière de pharmacologie du corps médical. Elle sert aussi a restaurer en vitamine E certains produits alimentaires, notamment les huiles, ce qui n'est pas sans poser un autre problème de santé publique.

Par contre la probabilité que vous en preniez en vous complémentant est  proche de zéro, cette formule synthétique, étant réservée à la sphère médicale et aux études douteuses du genre SELECT... En complémentation on ne trouve que des formes  naturelles des 8 molécules de la vitamine E (4 formes tocopherols et 4 formes toctrienols) extraite de différents produits végétaux choisis pour apporter plus ou moins de telle ou telle des 8 molécules. J'explique ici  comment choisir et doser les différentes formes de vitamine E pour optimiser leurs effets connus ou présumés sur la santé et éviter que l'α-tocopherol ne représente une part trop importante par rapport aux 7 autres formes.

A l’époque où l’étude SELECT a été conçue vers 2000 on savait déjà par différentes sources qu’il fallait apporter au moins un mélange d’alpha et de gamma tocopherol naturels avec le sélénium pour prévenir le cancer.

On pourra consulter "Synthetic Alpha Tocopherol Shown to Increase Prostate Cancer Risk"  pour des informations  complémentaires.

SELECT et le Sélénium

Voyons maintenant le cas du Se qui montre que l'étude a été également fort mal conçue pour ce produit. Le Dr Passwater que nous avons évoqué dans nos sites recommandés, a consacré deux articles à SELECT, A Look at the Pertinent Facts of the Selenium and Prostate Cancer Studies et plus centré sur le Se, Selenium, the SELECT Trial and Cancer Research : An interview with Dr. Mark Whitacre. L'interview de Dr. Mark Whitacre montre que au vu des études tant humaines qu'animales déjà réalisées au moment de la conception de SELECT,  le choix  de la selenomethionine n'était pas pertinent. Cette forme de Se a tendance à être traitée cellulairement comme la protéine avec lequel le Se est liée (la methionine) et ne forme que peu de composants anti-cancéreux spécifiques et on savait que son effet anticancéreux était au mieux modeste surtout sur une population qui ne présentait aucun déficit en Se en début d'étude d'après les examens effectués. Les recherches précédentes avaient montré un effet très protecteur sur différents cancers de la levure enrichie en Se qui n'a pas été retenue pour SELECT. 

J'invite les lecteurs anglophones à lire un article de 2003 d'un magazine de aor.com, le meilleur que j'ai consulté à ce jour sur la question : "Beyond selenate ... beyond selenomethionine ... beyond whole selenized yeast ..." qui présente de façon très didactique et approfondie l'intérêt des différentes formes de Se, notamment sur le cancer. L'article montre que l'effet anticancéreux de Se ne se produit que marginalement via les mécanismes de synthèse des antioxydants.

Le Se participe à l'enzyme glutathion peroxydase (Gpx), une des principales enzymes antioxydante de l'organisme et à des mécanismes de détoxification de l'organisme mais ce n'est pas par ce mécanisme que l'effet anticancéreux est obtenu. Gpx peut être optimisé avec des apports relativement faibles en Se, comparés à ceux qui produisent les effets anticancéreux. La selenomethionine utilisée dans SELECT est très efficace pour optimiser le Gpx mais ce sont les formes inorganiques de Se, le sélénite et le sélénate qui étaient surtout connues pour être efficaces contre le cancer.

En fait il est quasiment inutile d'avoir des apports en selenomethionine au-delà de ce qui est utile pour optimiser le Gpx et il faut prendre le reste du Se sous d'autres formes. C'est pourquoi le dosage sanguin ou dans l'ongle du Se n'est pas toujours corrélé de façon cohérente au risque de cancer.

On a d'abord découvert que les effets anticancéreux du Se étaient corrélés avec le taux d'hydrogène sélénide (H2Se) généré. Or la selenomethionine est un mauvais inducteur de H2Se car son Se a majoritairement tendance à se lier de façon diffuse aux protéines alors que le selenate ou le selenite générent des quantités importantes de H2Se. Toutefois H2Se n'est pas un facteur anticancéreux directement actif. H2Se qui est un pro-oxydant relativement toxique est methylé en un métabolite appelé  methylselenol (CH3SeH) qui peut lui même donner des métabolites encore moins toxique (CH3)2Se et (CH3)3Se+ qui peuvent être excrétés respectivement par la respiration ou les urines.

CH3SeH est LA forme de Se qui est toxique pour les cellules cancéreuses tout en se transformant en espèces chimiques inoffensives facilement éliminées par l'organisme. Le CH3SeH est trop instable pour être apporté en compléments mais Se-Methyl L-Selenocysteine (ou Se-methylselenocysteine = SeMC) qui existe depuis quelques années sur le marché de la complémentation en est un précurseur direct. SeMC a l'avantage de ne pas avoir à passer par l'étape toxique du H2Se pour générer CH3SeH. Il y a eu diverses expériences animales démontrant la supériorité du SeMC sur différentes formes de cancer. CH3SeH agit de façon très sélective sur les mécanismes de l'aptose cellulaire des cellules cancéreuses sans être toxique pour les cellules saines. Au contraire les formes anticancéreuses précédemment connues, le sélénite et le sélénate génèrent une quantité importante de H2Se avant de se transformer partiellement en CH3SeH. Or le H2Se présente une toxicité cellulaire importante ce qui fait que le sélénite et le sélénate présentent une toxicité importante que ne présente pas SeMC.

Quels enseignements tirer de SELECT ?

J'ajouterai que ces questions de formulation de la vitamine E ou du Se dans l'étude SELECT ou d'autres études du même tonneau, ne sont pas discutées ouvertement, mais au contraire soigneusement occultées dans la présentation qui est faite de ces recherches dans les revues médicales. Sans les sites de santé alternatifs que j'ai cité, qui compilent des données connues de quelques spécialistes, on ne saurait rien de l'importance de ces questions et l'affaire semblerait entendue.

Ainsi SELECT restera un modèle pour savoir ce qu'il ne faut pas faire en matière d'étude sur les nutriments. Un vrai cas d'école particulièrement navrant sur la meilleure façon de jeter des millions de $ d'argent public pour la recherche médicale par la fenêtre d'une façon totalement prévisible. La composition et le dosage des nutriments utilisés dans ce type d'étude devrait être défini en collaboration avec les meilleures spécialistes des nutriments concernés au moment de l'élaboration de l'étude. Que cela ne soit pas le cas et qu'au contraire les choix effectués traduisent un amateurisme déconcertant, selon les critères scientifiques disponibles à l'époque, est vraiment consternant. Tout cela est évidemment à mettre en rapport avec les préjugés et biais idéologiques des chercheurs en espérant qu'il n'y ait pas de motifs encore moins avouables.

Le réexamen de la Prostate Cancer Prevention Trial

Toutes les études sur les nutriments ne sont heureusement pas menées par des chercheurs incompétents. Nous avons même des chercheurs qui sont presque consternés lorsqu'ils trouvent des résultats défavorables à un facteur nutritionnel qui donne des résultats remarquables dans de nombreux autres domaines, à savoir dans le cas que nous allons examiner, les omega 3 qui, dans une étude, semble, à la surprise générale augmenter le risque de cancer de la prostate.

L'étude à laquelle nous faisons allusion est une analyse faite à partir de la Prostate Cancer Prevention Trial (1994 - 2003). Il faut d'abord expliquer que ce n'est pas une étude pour tester l'efficacité des omega 3 sur le cancer de la prostate. C'est une étude destinée à tester l’efficacité du finastéride (Proscar®) pour prévenir l’apparition du cancer de la prostate dans une population d'hommes à haut risque de cancer de la prostate. Il se trouve que les chercheurs ont également mesurés à cette occasion de nombreux paramètres à partir de prises de sang effectuées au cours de l'étude. D'autres chercheurs ont ainsi pu faire une analyse des acides gras sanguins qui portent selon passeportsante.net sur un "échantillon de 3 461 hommes âgés de 55 ans à 84 ans. La moitié des participants ont été atteints d’un cancer de grade variable."
Les chercheurs qui s'attendaient à constater un effet anti-cancer des acides gras omega 3 ont été stupéfaits lorsqu'ils ont "découvert que les hommes qui affichaient des concentrations élevées d'acide gras docosahexaénoïque (ADH) dans le sang avaient 2,5 fois plus de risque d’être atteints d’un stade avancé du cancer de la prostate (grade 8 à 102).
De plus, ils ont observé que les hommes qui ont dans leur sang des concentrations élevées de gras trans, que l’on trouve abondamment dans la malbouffe et qui sont liés aux maladies du coeur, avaient 50 % moins de risque de souffrir d’un cancer virulent. "

Les chercheurs ont vérifiés les résultats mais tout semble normal et leur analyse des données faite à partir de dosages sanguins semble solide. A ce propos je rappelle qu'il y a 3 façon d'évaluer les apports en omega 3. La moins fiable consiste à utiliser des questionnaires alimentaires. Une méthode plus fiable consiste à utiliser des prélèvement sanguins. La meilleure méthode que nous évoquions ici "consiste à mesurer la quantité d'omega-3 présentes dans les cellules stockant les graisses. C'est un marqueur à beaucoup plus long terme des apports alimentaires cumulés en corps gras et de leur métabolisation par l'organisme. Dans ces cellules c'est le DHA qui est un bon marqueur (le turn over de l'EPA étant beaucoup plus élevé il est moins bien stocké). L'indicateur DHA dans les cellules riches graisses est donc un indicateur général de la quantité d'omega-3 consommé qui peut avoir des origines diverses." Mais ce n'est pas ce marqueur qui a été utilisé dans la Prostate Cancer Prevention Trial.

Comme l'explique aussi passeportsante.net outre le fait que la population était au départ très spécifique, avec un nombre élevé des hommes porteurs de cellules cancéreuses prostatiques non encore détectées, "Pour le pharmacien Jean-Yves Dionne, la présente étude doit être interprétée avec grande prudence. D’une part, tous les participants prenaient du Proscar®. « L’échantillon n’est pas représentatif de la population en général. Il s’agit ici de participants qui prenaient un médicament pour prévenir le cancer de la prostate. Il est fort possible que les résultats ne soient vrais que pour cette étude et non pour tous », explique-t-il."

Il y a en effet une discordance importante entre cette étude et d'autres. Les études cellulaires montrent un effet protecteur des omega 3 sur la cancérisation des cellules prostatiques. Une étude toute récente "6n-3 DHA inhibits differentiation of prostate fibroblasts into myofibroblasts and tumorigenesis" montre l'efficacité remarquable de l'omega 3 DHA (Docosahexaenoic Acid présent dans les huiles de poisson avec l'EPA = Eicosapentaenoic Acid). Une étude humaine confirme les études cellulaires et animales, et montre qu'un régime pauvre en graisse et complémenté en acide gras omega 3 avant une intervention chirurgicale pour cancer de la prostate mettait en évidence une minoration sensible du taux de division cellulaire des cellules cancéreuses (lire "You Are What You Eat: Low Fat Diet With Fish Oil Slows Growth of Human Prostate Cancer Cells, Study Suggests")

Passons en revue quelques explications possibles de ces discordances.

Dans notre page sur la vitamine E, nous indiquions à propos de la population française que "D'après l'AFSSA (agence française de sécurité sanitaire des aliments), les carences des apports en vitamine E sont importantes dans la population, puisque, d'après la synthèse des études de terrain effectuées, plus de 30% de la population française recevrait moins de 8mg/j, ce qui est très largement inférieur au 12mg/j conseillés, lesquels paraissent pourtant indispensables au maintien d'un état de santé satisfaisant. Une partie non négligeable de la population est donc en-dessous du seuil de 7mg en-deça duquel les risques santé augmentent de façon très importante."

Il est probable que la situation est équivalente aux USA. De plus, il faut savoir que plus on absorbe d'omega 3, plus il faut absorber également de vitamine E car les molécules d'omega 3 sont très sensibles à l'oxydation. Il est donc tout à fait possible que les personnes ayant des niveaux élevés d'omega 3 soient carencées en vitamine E et que leur risque élévé de cancer de la prostate soit lié, entre autre, à des apports insuffisants en vitamine E et Se qui inverseraient alors l'effet protecteur habituel des omega 3.  Malheureusement les taux des différentes vitamine E et les apports en Se des participants à l'étude ne sont pas connus.

Dans ma page sur la vitamine E, j'évoque l'étude du Maryland où de 1989 jusqu'en 1996, plus de 10 000 habitants de l’état du Maryland ont été suivis. Par la suite, 117 des participants ont développé un cancer de la prostate. La composition de leur sang a été comparée à celle de personnes en bonne santé.
Les personnes dont le taux de gamma-tocophérol se situait dans le quintil le plus élevé avait un risque de cancer de la prostate divisé par 5 par rapport à ceux du quintil le plus bas ! Celles dont les taux d’alpha-tocophérol et de sélénium étaient élevés avaient également un risque réduit, mais celui-ci n’était statistiquement significatif que lorsque les concentrations de gamma-tocophérol étaient élevées. Autrement dit l'alpha-tocophérol et le sélénium n'avaient un effet protecteur qu'en présence d'une quantité suffisante de gamma-tocophérol.
[Helzlsouer K : Association between alpha-tocopherol, gamma-tocopherol, selenium and prostate cancer. J Natl Cancer Inst 2000, 92(24) : 2018-2023.]

Cette étude, très intéressante, mériterait d'être refaite avec un suivi plus régulier des patients dans le temps et la mesure de davantage de paramètres (notamment les omega 3 et la vitamine D) afin d'y voir plus clair.

Un autre aspect très important des apports en omega 3 est la question de l'oxydation par la cuisson. Ces molécules sont beaucoup plus fragiles que d'autres corps gras à cause de leur double liaisons. C'est ce qui explique qu'elle nécessitent des apports plus élevés en antioxydants liposolubles comme la vitamine E. Mais le mode de cuisson peut aussi irrémédiablement dénaturer les molécules d'omega 3 avant ingestion. La friture en particulier annule tous les aspects bénéfiques des omega 3. La cuisson à température modérée du poisson est indispensable pour bénéficier des bénéfices santé, la salaison et le séchage étant moins nocifs que la friture mais à éviter également (lire "How Fish Is Cooked Affects Heart-Health Benefits of Omega-3 Fatty Acids").  L'effet peut être encore aggravé par des habitudes culinaires néfastes comme le Le fish and chips anglais qui cumule la friture du poisson avec les mauvaises graisses cuites des frites. Ces données sur la dénaturation possible des omega 3 peuvent être obtenues par des enquêtes alimentaires. Le réexamen de l'étude Prostate Cancer Prevention Trial n'a pas pris ce type de données en compte. 

Les tissus prostatiques font parti des tissus de de l'organisme qui sont les plus sensibles à ces phénomènes d'oxydation. Une étude sur la relation entre cancer de la prostate et omega 3 devrait donc impérativement inclure des marqueurs de l'oxydation  des omega 3, ce qui suppose des analyses spécifiques des marqueurs de l'oxydation à partir de prélèvements sur les cellules adipeuses.

Composition des compléments et cancer de la prostate : vitamines E, sélénium, zinc, omega 3, produits combinés avec phytonutriments

Au vu de ces informations, que faut-il penser de la composition des compléments par rapport à la question du cancer de la prostate ?

D'abord qu'il ne faut pas se centrer exagérément sur un problème de santé particulier quand on utilise les compléments à titre préventif, même si on peut évidemment tenir compte d'un problème particulier si on a un facteur de risque connu ou une maladie déjà connue pour donner une "coloration" à la complémentation en fonction du problème (par exemple : pathologie cardiovasculaire, risque de cancer, problématique ostéo-articulaire, etc.).

Pour ce qui concerne la santé prostatique par rapport à la vitamine E, on pourra consulter ma page déjà évoquée sur la vitamine E pour optimiser les apports des 8 formes de la vitamine E.

Pour ce qui est du sélénium, se reporter à mes explications ci-dessus et choisir un produit apportant au moins 50% de SeMC. Le Life Extension Mix, un muliticomplément dont nous avons étudié la composition en détail, a par exemple été reformulé en ce sens il y a quelques temps déjà, c'est un produit très bien conçu que je conseille  au 2/3 seulement de la dose recommandée. Il contient à la dose standard conseillé par le fabricant 200mcg de Se sous la forme de 50% Se-Methyl L-Selenocysteine, de 25% L-selenomethionine, et de 25% de sodium selenate. C'est une formulation qui me semble tout à fait convenable.

Le Life Extension Mix (LEM) contient aussi un niveau relativement élevé de zinc qui a des affinités pour les tissus prostatiques. Il y a eu des discussions animés dans le monde de la complémentation sur les apports adéquats de zinc dont nous avons rendu compte dans une partie de notre analyse de la composition du LEM consacrée au zinc et qui traite notamment de la relation entre zinc et cancer de la prostate.

En ce qui concerne les omega 3 les suppléments éventuels doivent venir en complément d'une alimentation équilibrée, de type régime méditerranéen. Suivant  que vous mangiez  tous les jours ou pas du poisson, vous pouvez rajouter des compléments d'omega 3 enrichis en DHA et EPA. Cette alimentation équilibrée n'a évidemment rien à voir avec une alimentation anarchique soupoudrée de compléments d'omega 3 ! La revue Life Extension Magazine a fait dans son dernier numéro un rappel de tous les avantages d'un régime méditerranéen avec des apports élevés en omega 3, lire "Slash Your Risk for Premature Death with Omega-3s". En ce qui concerne les omega 3 de poisson, Gestion Santé conseille la forme stabilisée sous forme de triglycérides (qu'on trouve en France ou aux USA sous la marque Nordic Naturals).

Il existe de nombreux produits apportant une protection spécifique aux tissus prostatiques. Un problème posé par ces produits est qu'ils contiennent souvent du Zinc ou du Se ou d'autres produits du même style. Il ne s'agit pas de contester l'intérêt de ses produits, mais en ce qui me concerne et étant partisan d'une complémentation préventive à large spectre, j'estime que ces produits doivent déjà figurer dans un produit de complémentation à large spectre de nutriments comme le Life Extension Mix précité. Or, si on prend un multi-complément bien dosé, ces produits pour la prostate amènent quasiment tous à un excès de certains minéraux.

J'ai finalement trouvé un  produit compatible avec une complémentation à large spectre dont des phytonutriments pointus... toujours chez Life Extension (désolé !) mais je suppose que la formulation a été justement étudiée pour qu'elle puisse être prise en complément de leur Life Extension Mix (LEM), dont nous avons parlé précédemment, compte tenu de sa popularité. Ce produit s'appelle "Ultra Natural Prostate" Par rapport à leur LEM, il ne duplique que l'apport en Bore et en Lycopène. Compte tenu de ce que je conseille de ne prendre que les 2/3 du Mix et une seule capsule au lieu de 2 de leur Ultra Natural Prostate, on reste dans des limites de sécurité très raisonnables pour le bore. Pour le lycopène (extrait de tomate), je ne pense pas que cela pose de problème particulier non plus. La description du produit avec des explications détaillées du fabricant se trouve ici. Je ne vais pas faire une analyse détaillée du produit, je me contenterai de dire qu'elle a l'avantage d'apporter en synergie ce qui se fait de mieux pour la santé prostatique et de ne pas contenir de produits à risque comme des inhibiteurs spécifiques de l'aromatase (qui régule la conversion de l’androstenediol et de la testostérone en estrone et œstradiol) dont je me méfie dans le cadre d'une prise sur le long teme.

Plusieurs des composantes du produit sont de plus d'un apport intéressant en dehors des problèmes de prostate, notamment par leur action anti-inflammatoire non spécifique, ce qui en fait un produit de complémentation sur la durée qu'on peut envisager de prendre à partir de 50 ans (pour 29$ environ aux meilleurs prix internet USA pour 60 jours de complémentation au dosage de 1 softgel par jour que je conseille). Le produit a été reformulé en décembre 2011 avec un nouvel extrait de Boswellia serrata sous forme d'AprèsFlex™ qui est plus puissant pour inhiber l'enzyme pro-inflammatoire 5-lipoxygenase (5-LOX) un facteur de promotion du cancer de la prostate. Cet effet anti- inflammatoire concerne tout un ensemble d'autres pathologies, en particulier dans la sphère ostéo-articulaire.

Pour plus d'informations on pourra consulter notre rubrique Fournisseurs.

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Créé le 26/10/11. Dernière modification le 30/01/12.